Nouveau départ

Avant d’être déconnectée de la vie civile, j’ai eu envie de gratter quelques mots rapides par ici.

J’aime marquer les nouveaux départs. Et celui-ci est bien particulier.

Je suis arrivée à Cancun il y a une semaine, accompagnée de ma douce et discrète Tiphaine. C’est la première fois que je retourne dans un pays dans lequel j’ai passé tant de temps, que j’ai tant aimé. Je suis excitée et inquiète.

Un collectivo nous emmène à Tulum, je ne suis plus certaine du pourquoi de cette destination. La musique hurle, la clim me glace, rien n’a changé, bienvenido a Mexico. Par la fenêtre, je scrute les palmiers et les géantes feuilles, le ciel bleu et les grands panneaux Playa Del Carmen. Je n’arrive pas à croire que je suis au Mexique. Le soir même, par un étrange hasard, je retrouve Hermes, mon cher Hermes avec qui j’ai partagé cet insensé confinement en Colombie. La dernière fois, c’était il y a un an et demi, sur le quai d’une gare colombienne, nous pleurions à en vider à un océan, mes larmes se mélangeaient aux siennes, j’avais le cœur brisé de quitter le voyage, les arepas et le moment présent. Et nous voilà ici, une nouvelle fois à l’autre bout du monde, nous serrant, nous observant comme si rien de tout ça n’était réel.

Je déteste Tulum, je ne m’y sens pas bien, je trouve ça moche et sans âme. Je n’aime pas l’hostel, je suis fatiguée. J’ai embarqué mes questions existentielles, je les aurais pourtant bien laissées ailleurs. Je bataille avec elles mais ici, sans repères, je m’épuise. Ai-je un jour dit que j’aimais les débuts ? C’est faux, je déteste les débuts et tout ce temps interminable pour s’acclimater, s’habituer.

Je goute malgré tout aux retrouvailles avec mon pays adoré. Je reprends mes petites habitudes comme si de rien n’était, comme si cette année en France n’avait pas existé. Mon espagnol n’est pas si rouillé et mon estomac, toujours aussi résistant. Dios mio, que les frijoles m’ont manqué, je m’en gave à la mort. Les mexicains sont merveilleux, j’avais oublié comme l’être humain pouvait être simple, accueillant et doux. Je discute avec eux de la pluie et du beau temps et cela suffit à me donner le sourire.

Pourquoi donc suis-je repartie ? Voilà la question que je me pose le matin, en ouvrant les yeux, devant cette serviette Quechua qui pue déjà. Comme pour la première fois, j’imagine qu’il n’y a pas d’explication tangible. Le retour en France a été difficile, l’année qui a suivi, encore plus. Il y a eu des moments merveilleux, plein de grâce, de douceur et d’espoirs. Et puis d’autres plus difficiles, plus sombres qui m’ont demandé tellement d’efforts pour rester debout. Alors j’ai écouté ma petite voix, celle qui me disait que pour l’instant, repartir était la chose la plus juste. Pour continuer de guérir certaines blessures, avancer dans mes projets artistiques, me reconnecter à ce que je suis (et accessoirement le découvrir). Et surtout tout recommencer. Si je n’aime pas les débuts, j’adore le changement. J’adore l’idée de se réinventer, de se dire que chaque jour, il est possible de recommencer une nouvelle vie, une nouvelle histoire avec de nouveaux personnages, de nouveaux paysages et de nouvelles saveurs. Devenir qui on veut, où on veut, avec qui on veut.

Je suis en ce moment à Campeche, petite ville calme et colorée qui borde le Golfe du Mexique. La couleur de la mer n’est pas celle des cartes postales mais les couchers de soleil m’émerveillent, me caressent et arrêtent le temps. C’est ce que font les couchers de soleil après tout.

Depuis quelques jours désormais, les copains font la route avec nous, les journées ont pris un autre rythme et ça me plait. Ensemble, nous traversons tranquillement le Yucatan pour atteindre Palenque, là où aura lieu le Rainbow mondial qu’il me tarde de vous conter. J’aime l’énergie qui règne entre nous quatre, comme si tout s’équilibrait de manière naturelle, sans efforts. Avec Rémi, je ris à pleurer, avec Lou je découvre et me sens inspirée, avec Tiphaine, je ralentis et m’adoucis. Nous avançons, avec cette liberté et cette tolérance qui nous relient et qui me permettent d’être moi, entièrement moi.

Je prends mes marques, observe et tente de m’acclimater à ces foutus débuts. J’ai enfin commencé à photographier, quel soulagement. Ce que je me sens bien derrière l’objectif. Je peux tout lâcher.

La chaleur m’apaise, je sens mon énergie se modifier, je me reconnecte à moi tout doucement. Comme tu m’avais manqué joli Mexique.

J’écris et je dessine. Je chante et je ris. Je rêve et je me pose toutes ces questions.

J’ai un jour décidé de tout quitter. De tout remettre en question, absolument tout. Tout ce que j’avais appris, tout ce que je pensais être, aimer, rêver, désirer. Cela m’avait semblé d’une simplicité édifiante. Il suffisait de partir, suivre ses rêves. Cela ne m’avait demandé aucun courage. Je n’avais pas trouvé ça difficile, effrayant. Je n’avais pas douté. Je me suis jeté dans le voyage à corps perdu, j’ai tout donné, je ne me suis pas retournée.

Mais nager à contre-courant n’est finalement pas si facile. Tout réapprendre demande du temps. Je voudrais parfois faire comme tout le monde mais il faut se rendre à l’évidence, avec moi, ça ne fonctionne pas. Néanmoins la quête de Soi, loin du conditionnement sociétal établi, se révèle assez passionnante. Alors j’ai décidé de continuer d’apprendre. Encore et encore. Je suis rentrée et je repars. Parce que le voyage est moi et que je suis lui. M’y suis-je perdue ? Vais-je à nouveau m’y perdre ? Très certainement. It is what it is. Je continue ma quête, je poursuis mes rêves, plus libre que jamais. J’essaye, je tombe et je ré essaye. Et tant pis si, cette fois, j’ai peur. Ça n’est que le début. Foutu début.

Dans 3 jours, nous serons nus, à danser autour du feu sacré. Je vibre déjà de cette liberté et cette connexion si spéciale avec la nature.

Au changement ! À la liberté ! Au moment présent et au Mexique ! Aux guérisons !

Un commentaire sur “Nouveau départ

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