Humilité et simplicité à la Finca El Arbol

Je suis assise dans le petit cocon, la nuit bleutée, électrique se colore furtivement de pointes dorées. Les criquets, ou grillons font un boucan pas possible. Je me demande ce qu’ils peuvent bien se raconter. Au loin, je devine les bananiers, princes de cette vallée, nous faisant croire qu’ici, c’est la jungle. Je profite de cette douce nuit, que je souhaite étoilée mais il est trop tôt pour s’avancer, pour écrire sur du papier, ce qui est très agréable. Il me faudra retranscrire mais qu’importe.
J’aime beaucoup ma vie ici. J’aime être dans la nature et celle-ci est particulièrement humble et réconfortante. Aux heures du soleil, mille et un papillons viennent danser entre les hautes fleurs avec une élégance étonnante, fière. A leurs côtés, légumes insolites, poules et drôles de dindons, herbes folles et oiseaux aux couleurs de l’océan complètent un paysage d’une sérénité absolue.
Je suis capable de rester là des heures, à ne rien faire sinon me balancer dans mon étrange toile et admirer insectes, fleurs et feuilles s’activer au rythme du soleil. C’est toujours le même tableau mais toujours un peu différent et je m’émerveille chaque jour.
Une habitude que je ne perdrais pour rien au monde.

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Aujourd’hui est un jour particulièrement calme : c’est le week-end et comme un week-end sur deux, les travailleurs sont rentrés chez eux afin de retrouver leurs familles, loisirs et que sais-je d’autre qu’ils n’ont pas eu l’occasion de faire depuis les deux dernières semaines, dans cette ferme, loin de tout, coupée du monde.
Le vendredi était jour d’excitation, les rires se faisaient plus légers et les cris, plus joyeux. L’odeur du week-end. Ça m’a rappelé des lointains vendredis matins, quand dès 8h, j’attendais que sonne 18h, la délivrance. Désormais, il n’y a plus d’horaires, plus de jours, plus de week-end, quel délice.

La Finca baigne dans une atmosphère de paix totale. Les seules rumeurs que je perçois sont celles des battements d’ailes des papillons qui ne prennent jamais de pause et les étranges bruits des oiseaux à la couronne bleue. Les rayons de soleil me réchauffent déjà et je profite de ce silence souverain.

Silence qui ne dure pas. Tremiño écoute de la musique sur sa télévision cathodique, il semble si joyeux. Faut entendre ce qu’il écoute, c’est tout simplement à mourir de rire. Et puis faut voir les danses ! Me voilà en joie moi aussi.
C’est le seul qui est resté ce weekend. Je ne suis pas sûre qu’il ait une famille ou une quelconque raison qui le ferait quitter la si jolie ferme mais je n’ose pas poser la question qui me semble trop intrusive. En tout cas, nous voici tous les trois : Yoan, Tremiño et moi. Une colocation des plus singulières mais clairement des plus réussies. Nous échangeons, cuisinons, rions, partageons. Parfois, on ne parle pas, on est juste ensemble et c’est très bien aussi. Des petites choses toutes simples. Le soir tombé, nous regardons un film d’horreur, toujours sur sa vieille téloche qu’il semble adorer et si je n’ai clairement jamais vu un truc aussi pourri (spoiler : le noir et la blonde meurent en premier), j’ai beaucoup ri et ai passé un moment délicieux en compagnie de ce singulier bonhomme. Je l’entends encore me crier « mira Marianna, mira ! » pendant les moments de « haute tension ». Quel numéro.

Tremiño.

Si l’expression « sacré personnage » avait eu un visage, c’eut été sans nul doute celui de Tremiño. Tremiño, avec ses grands yeux aux bords marqués par les rires, sa générosité qui tire vers l’infini et son sourire qu’il aime porter énigmatique, n’a que sa taille de minuscule. Sur son dos, il porte une petite bosse qui me rappelle celle de ma mamie, c’est peut-être pourquoi il me semble si familier. Du coup, Tremiño a ce genre d’allure légèrement bancale, comme s’il marchait toujours sur la droite, l’air perdu dans une direction en particulier. Sa spécialité, c’est de faire des blagues que je ne comprends pas toujours et de s’évaporer aussitôt, comme le font les nuages après l’orage. C’est que Tremiño est taquin. Un peu sauvage aussi. C’est probablement ce qu’il lui donne cet air malicieux qui me fait tant sourire.
Tremiño aime chanter à toute heure de la journée, peu importe la pluie, le vent, le soleil, peu importe le lieu. Où que je sois, j’entends sa petite voix fluette, coincée entre les bourrasques de vent et immanquablement, cela égaye mes journées.
Tremiño a un nouveau portable et il me fait craquer, je revois ma maman qui découvrait l’internet. Mais il progresse vite ! Il m’a quand même ajouté sur « Fess Bouyss » et je voudrais qu’il m’ajoute chaque jour juste pour l’entendre encore et encore prononcer Facebook. Je ne connais rien de plus mignon.
Ce que Tremiño chérit, ce sont ses cinq chats aux caractères bien affirmés ainsi que son adorable chien blanc. Tremiño a tant d’amour à donner et quand je le vois parler à son chien, les yeux débordants d’affection, je me dis que ce chien doit être sacrément heureux. Ce qu’il soigne chaque jour, c’est son jardin, arrosé avec amour, écouté et nourrit avec sagesse. C’est celui que j’admire sans cesse, depuis ma balançoire. Ce jardin qui respire la vie et dans lequel j’aime tant cueillir mes herbes et légumes.
J’aime beaucoup Tremiño. Il me touche. Et m’attendrit. Et je sais que je ne suis pas la seule à ressentir ce mélange de sentiments flageolants, je vois bien la tendresse que Claudia lui porte.

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Claudia, c’est l’extraordinaire femme qui tient cette ferme de café, nichée dans les montagnes du nord. Elle a racheté le terrain il y a 5 ans et a tout défriché, tout remis en ordre, pour en faire un véritable paradis dans lequel il est impossible de ne pas se sentir pleinement heureux. J’aime beaucoup parler avec Claudia, chaque conversation est passionnante, pleine de savoirs, de bouillons culturels et d’amour. Car si Claudia ne devait posséder qu’une seule chose, ça serait bien l’amour ! Elle fait partie de ces gens qui respirent l’amour, qui débordent d’amour, ça sort partout, ça se sent, ça se touche, ça vibre et ça fait tellement de bien. Claudia s’occupe de Yoan et moi comme si nous étions ses enfants, et je me délecte de cette chaleur maternelle qui me manque tant. Faut dire, à 36 ans, elle a passé plus de la moitié de sa vie à être maman, soit le métier le plus difficile du monde, celui qui ne prend jamais de pause et qui ne ménage aucune émotion.

Claudia est une pure nicaraguayenne, elle est née, a grandi et vit toujours à Ocotal, cette ville fournaise qui offre des lumières de fin de journée à couper le souffle. Elle possède une force de caractère qui me sidère. Être une femme en Amérique Centrale n’est pas simple. Être une femme qui dirige une entreprise en Amérique Centrale l’est encore moins. Nous parlons de longues heures à propos de comment gérer une équipe de 14 hommes machos qui n’imaginent pas une femme ailleurs que dans une cuisine, de comment il ne faut jamais oh grand jamais ne se laisser vaincre par la peur car c’est elle qui donne le pouvoir aux hommes, de pourquoi il est si compliqué pour une femme d’Amérique Centrale de s’émanciper, de dire non, de créer, de diriger, de pourquoi les hommes d’ici ont cette vision si arrêtée au sujet de la femme. Et bien d’autres choses édifiantes, passionnantes. J’apprends beaucoup.
Dans des pays comme le Nicaragua, la condition de la femme est profondément problématique et vous savez comme ce sujet me touche particulièrement. Je suis vraiment impressionnée par Claudia, sa capacité à lever des barrières 3 fois plus élevées qu’en France m’inspire, me donne le sourire et surtout l’espoir.

Mais Claudia n’est pas seule. Elle a rencontré Tim il y a quelques années, un belge adorable (je pense que c’est un pléonasme) et en plus d’être amoureux, ils gèrent désormais la finca ensemble. Tim, c’est la force tranquille. Il est très calme, très intelligent, très simple. Bien entendu, il aime la bonne bière, les bonnes frites et tous les trucs de belge qui font que ça allait de soi qu’on allait bien s’entendre. Ses connaissances pointues quant au café me donnent le vertige et ses préparations sont toujours divines. Sans sucre et sans lait, comme j’aime. Lui aussi bossait dans la pub, des gros noms du type Publicis, Wunderman et toute la bande. Lui aussi en a eu plein le cul de ce milieu bien particulier et a levé les voiles direction le Nicaragua. On rigole beaucoup en se remémorant les inepties que pouvaient nous sortir les clients, les plaintes constantes des créatifs, les créations qui n’avaient pas de sens, les directeurs de création sous cocaïne à 8h, les horaires et salaires de merde et on tombe d’accord sur le fait que chef de projet est clairement le métier le plus ingrat en agence. Mais là-dessus, je pense qu’il y a unanimité dans le monde entier. Après on reparle des frites, de l’apéro (qui est décidemment un concept européen), du bon vin, du pain, du vrai fromage, de la tartiflette et là, on change de discours : ça nous manque bordel !

Tim et Claudia ont décidé, avec leur ferme, au-delà de produire du café de qualité, cultivé sans produits chimiques mais avec amour et respect, de créer un échange interculturel, un espace dans lequel il n’y ni frontières ni passeport ; seulement tolérance, partage et bienveillance. C’est pourquoi ils font régulièrement appel à des volontaires via la plateforme Workaway. Pour ceux qui ne savent pas, le Workaway, grossièrement, c’est un lit (et parfois la nourriture) contre quelques heures de travail. Mais ce que proposent Claudia et Tim, c’est bien plus que ça. Ici, à la ferme, pas d’heures de travail obligatoires. Pas d’obligations tout court en fait. L’idée, c’est de trouver son rythme, de discuter/d’échanger avec les 14 hommes (et la doña, ma cuisinière adorée) qui travaillent là, de comprendre, de se découvrir, de proposer, de s’envisager sous une autre lumière, d’écouter et bien sûr, le plus important, de laisser ses préjugés de côté, chose particulièrement compliquée. Être chaque jour au contact d’hommes de la campagne (et d’une femme ! ne l’oublions pas nom de dieu) qui ont grandi au fin fond du Nicaragua, qui ont une vision de la vie, de l’argent, de la société, de la religion, de la femme, de la famille, du bonheur et de l’éducation à l’exact opposé de la mienne qui ai évolué dans un milieu aisé, éduqué, libre, athée et souvent révolté… c’est une aventure profondément enrichissante qui n’appelle qu’à une chose : la tolérance.

Une nouvelle approche du « travail ». Une nouvelle approche de l’échange culturel. Une nouvelle approche du Nicaragua.

Oui, il m’aura fallu deux pages pour en arriver au fait, que voulez-vous, j’ai toujours aimé les longues introductions.

Nous découvrons la ferme un jour ensoleillé et je sens immédiatement que je vais être heureuse et épanouie ici. Claudia nous présente son équipe, les plantations de café, les poules et le coq (je ne sais pas encore à ce moment que je vais avoir envie d’égorger ce putain de coq qui hurle 10 fois par nuit), les vues spectaculaires sur la vallée, le jardin de Tremiño ainsi que ses milles légumes, fruits et herbes aromatiques qui me font déjà saliver, les oies qui gueulent comme des putois et surtout : notre chambre. Une simple pièce avec des boisures et des odeurs d’ailleurs qui me donnent instantanément un goût de chez moi. La fenêtre circulaire n’a pas de vitre et c’est peut-être tant mieux, cela nous permet de profiter du sublime panorama, on croirait dormir à la belle étoile. On se réveille au cœur de la nature. Magique.

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Ici, les conditions de vie sont d’une simplicité extrême. La douche se fait au seau et bizarrement c’est beaucoup moins drôle à la montagne quand il fait 15 degrés, qu’il pleut et que les toiles d’araignée au-dessus de ta tête sont si grandes qu’elles couvrent le plafond.
Pas de miroirs, pas d’internet, pas d’eau chaude, pas d’isolation. Réveil 6h, coucher 20h.
Quant au menu, il n’a nul besoin d’être écrit sur une belle ardoise : matin/riz + haricots rouges (qu’on appelle couramment arroz y frijoles, ça fait plus stylé je trouve) + 1 ou 2 tortillas selon la faim, le midi/riz + haricots + tortillas, le soir/riz + haricots rouges (parfois mélangés, on appelle ça gallo pinto, également plus stylé mais ne nous mentons pas : ça reste du riz et des haricots). Le tout arrosé d’un café tellement sucré que je finis par appeler ça du sucre arôme café. Et encore, faut le deviner l’arôme. Bref, j’ai un super transit.

Mais ces simples repas sont cuisinés avec une telle délicatesse qu’ils en révèlent des saveurs inattendues, presque nouvelles. Presque.
Je vais vous parler de Doris Janet bien entendu. La cuisinière. La doña. C’est comme ça qu’on l’appelle ici. Si bien que je ne suis pas certaine que tout le monde connaisse son nom.
Janet est arrivée quelques jours avant nous, c’est donc une nouvelle, comme nous. Alors, d’une manière tout à fait non explicite se crée un lien d’entraides, je dirais même de tendresse.
Je la trouve jolie, avec son attitude nonchalante et son sourire plein de discrétion et de secrets. Chaque matin, elle se lève aux aurores pour préparer des délicieuses tortillas qu’elle claque inlassablement, avec force et douceur. Je les aime particulièrement le matin, chaudes et moelleuses. Le rituel est toujours le même ; elle cuit son maïs, son riz, ses frijoles, tape sur ses tortillas, s’essuie délicatement les mains contre son tablier, prépare ses nouvelles cuissons pour le lendemain et ne s’arrête que si nécessaire.
Je la vois souvent assise sur le banc de dehors, parfois sur celui de l’intérieur, rêveuse et songeuse. Je me demande à quoi elle pense, si elle est heureuse ici, si elle s’ennuie. Peut-être qu’elle ne pense à rien, qu’elle a trouvé sa manière à elle de vivre le moment présent. Quand je bouquine au soleil, à ses côtés, j’aime bien lui parler même si je ne comprends pas très bien son accent. Elle me raconte ses 4 enfants, sa première grossesse à 17 ans, sa vie au Nicaragua et me pose des questions. Sur la France, sur ce qu’on a l’habitude de cuisiner, sur ce que je fais et pourquoi et comment. Je me dis que c’est une femme forte, un peu mélancolique, un peu triste parfois et consciente trop tardivement de certaines choses de la vie. J’aime bien son apaisante présence.
Janet nous a sauvé un paquet de gâteaux, de cakes et de flans et je me souviendrai toujours de la tranquillité avec laquelle elle glissait la main dans ce four à bois brûlant, si difficile à maitriser. On lui a toujours donné une part de gâteau supplémentaire, je sais qu’elle les adorait et rien ne me faisait plus plaisir que de la voir se régaler.

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Nos journées à la ferme se ressemblent mais sont toutes géniales. Nous aidons Tremiño au jardin, nous nous baladons dans les hauteurs, aux vues exceptionnelles, aux couleurs tantôt pleines de pluie, tantôt pleines de douces lumières. Nous assistons à des séances de « cuping », apprenons sur le café et mieux : dégustons. Nous filons des coups de main quand besoin et c’est toujours une joie de travailler avec les mains. Yoan fabrique un molkky et je suis assez impressionnée du résultat final. Leur apprendre le jeu, jouer avec eux, échanger des rires timides mais surtout des franches victoires m’apporte pleins de papillons dans le ventre. Nous cuisinons beaucoup également, on a envie de se la jouer Cyril Lignac et montrer aux workers que les légumes, c’est cool. C’est une satisfaction si immense de les voir découvrir, apprécier, en redemander et ce malgré leur timidité. Tremiño envoie des photos des plats en cachette à Claudia pour lui signifier son engouement. Il a même décidé de planter des oignons dans son jardin et nous a cuisiné un riz… aux légumes ! Je me sens utile et donner, juste comme ça, sans aucune attente, est jouissif.
Bon, évidemment, les gâteaux à la banane et clafoutis ont toujours d’avantage de succès que les légumes.

Nous discutons beaucoup avec les travailleurs également. On se pose des questions mutuelles sur le Nicaragua et sur la France. On s’interroge quant à nos familles, nos origines, nos travails mais aussi à propos de sujets plus douloureux, plus profonds comme la crise, l’argent, la politique, la nourriture et beaucoup d’autres choses. Leurs conditions de travail, et de vie – ils ne quittent presque jamais la ferme, dorment dans des tous petits dortoirs, mangent tous les jours la même chose, travaillent dur dans les champs, – me semblent difficiles et éprouvantes mais eux, voient les choses différemment. Ici, le salaire est meilleur, le rythme plus doux, leurs demandes et attentes, respectées. En plus, ils ont un vrai lit avec un matelas, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Je prends une petite claque.

Je me souviens, entre autres, d’une géniale soirée pleine de confidences et de mauvais espagnol (pour ma part). Je triais quelques photos du Salvador sur mon ordinateur et curieux, Leonidas et Gustavo se sont pointés derrière mon écran pour regarder. A leur demande, j’ai fait défiler mes vieilles photos de Paris et j’ai trouvé que rien ne transcrivait mieux l’atmosphère d’une ville que la street photo ; un autre aspect de ce style de photo que je chéris tant s’est alors révélé. J’ai adoré me replonger dans ces souvenirs, re découvrir des coins et recoins oubliés, explorer leurs visages étonnés, leur expliquer Paris, leur raconter la France, et en éprouver un peu de nostalgie. Ça a amené à beaucoup de questions, d’interrogations. Sur la France, l’Europe bien, des voyages pour eux inenvisageables, non envisagés de toutes façons mais aussi sur les différences culturelles entre nos pays, les habitudes, les modes de vie.
Un échange empreint de bienveillance dont je me souviendrai toujours.

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Parfois, quand l’envie de ville se fait sentir ou que nous avons quelques courses à faire, nous marchons 20 minutes, prenons le bus et allons à Ocotal, là où la chaleur est indécente et les rues photogéniques. Le soir venu, Claudia s’arrange toujours pour qu’un de ses amis nous raccompagne. On saute alors à l’arrière du pick-up et là, ce sont mes moments préférés qui débutent, qui sont déjà gravés dans ma mémoire, que je ne pourrai jamais oublier. Je reverrai toujours la ribambelle d’arbres qui, avec la vitesse, ne deviennent qu’un vague brouillard couleur cendres. Et ce ciel immense aussi, plein à craquer d’étoiles brillantes qui, j’en suis certaine, me sourient. Je me sens comme dans un film, les plans sont à couper le souffle, la musique entêtante et les acteurs, magnifiques bien entendu. Je ne perds pas une goutte de cet instant présent.

Nous descendons, reposons le pied sur le sol de la Finca, prenons le soin de sentir l’air frais nous envelopper tranquillement, d’écouter ces fichus grillons qui jacassent sans cesse et on se dit qu’on est clairement trop bien ici, on a plus vraiment envie d’y bouger.

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Oh bien sûr, ça n’est pas simple tous les jours. J’ai parfois envie de pleurer quand je dois me laver les cheveux et que l’eau gelée me décape le cuir chevelu ou quand il y a tellement de poussières dans la « salle de bain » que je n’arrive plus à respirer correctement. Il m’arrive également d’avoir des envies de meurtre à la vue de ces haricots rouges et le coq est clairement devenu un ennemi déclaré. Aussi, le rythme est difficile de temps en temps, non pas le matin parce que j’aime me lever à 6h mais la journée qui s’arrête à 17h, c’est dur à la longue. Le choc culturel n’est pas facile non plus, ne pas savoir quoi dire, comment le dire, me retrouver seule – une femme – parmi eux, me sentir mal à l’aise et/ou dévisagée, sentir les rires moqueurs, les regards rarement mais quand même déplacés.

Et puis le jour d’après, je ne peux même pas marcher parce que j’ai mes règles et tout le monde, inquiet et bienveillant, se met en branle pour trouver la bonne plante, me faire des infusions, concocter le bon remède naturel afin de me voir bien, mieux. Tout est oublié. Je me sens si chanceuse d’être dans cette petite Finca, on s’occupe de moi avec tellement d’amour.

Ici c’est l’école. Une école incroyable, dans laquelle tout le monde apprend, dans laquelle tout le monde est confronté à ses peurs, ses craintes. Une école dans laquelle il est nécessaire de sortir de sa zone de confort, de se bousculer, de se remettre en question, d’apprendre encore et encore, chaque jour. Pour tous ces travailleurs à la vie si éloignée de la mienne, chaque volontaire, de par leur court (parfois long) passage à la Finca, leur permet de s’ouvrir, de découvrir un ailleurs qui devient soudainement proche, de ne plus regarder les fleurs quand quelqu’un leur adresse la parole mais de sourire à pleines dents. Ils aperçoivent le bout d’une autre réalité, un autre monde. Nous semons des petits changements, des petites améliorations qui, au final, prennent forme. Même si cela prend du temps. Patience.

Et pour moi, ce fut une expérience absolument fantastique dans laquelle j’ai appris à redéfinir des termes aussi simples que générosité, amour, tolérance, ouverture d’esprit, partage, plaisir, éducation et échanges. On croit tout savoir. Je crois tout savoir. En fait non, you know nothing Jon Snow. Il est bon de se rappeler que rien n’est jamais acquis, pas même nos connaissances. Le voyage est un merveilleux moyen d’observer le monde avec une vision neuve, de sans cesse remettre en cause, de toujours essayer de comprendre avant de juger, définir, caser.

Un échange sincère, dénué d’égo, d’argent, de pouvoir, de but. Simplicité. 3 semaines intenses que je n’oublierai jamais tant elles furent importantes. Et heureuses. Ce cher Pierre Rabhi aurait parlé de « sobriété heureuse ».

Merci.

2 réponses sur « Humilité et simplicité à la Finca El Arbol »

  1. Dès les premiers mots de ce nouvel article si touchant, tu m’as instantanément transportée dans ton univers magique dont la beauté n’en finit plus de se dévoiler !!
    A chaque fois, c’est comme si tu m’invitais à te rejoindre, que tu m’ouvrais les portes de ton monde merveilleux, que tu me tendais une main rassurante pour m’emmener voyager à tes côtés, le temps d’une lecture.
    Merci de m’avoir embarquée et présenté le petit monde si singulier d’une petite ferme non moins particulière…
    J’ai tout de suite aimé Tremiño, ce personnage tellement attachant et que tu décris avec tant de tendresse qu’on aurait envie de le rencontrer, ne serait ce que pour quelques instants..
    J’ai bien sûr également adoré Claudia et Tim dont les valeurs humaines forcent l’humilité et que j’aurais bien envie d’embrasser juste pour avoir veiller avec tant de bienveillance sur ma fille chérie !
    Je suis invariablement saisie par ta qualité de ta plume qui rend transparentes les images et les sensations que nous livres sans détour ni tabou et, si ma lecture s’étouffe parfois dans des larmes d’émotion, elle se mêle aussi de rires attendris à chaque pointe d’humour qui ponctuent tes propos toujours plus intenses et plus profonds.
    Alors, ma chérie, continue toujours de t’émerveiller devant les choses les plus simples de la vie car tu as le don de transformer en de véritables richesses et qui nous régalent nous rappellent que nous ne devons jamais oublier d’ouvrir les yeux et admirer la beauté du monde qui nous entoure !
    Merci pour ce si beau partage et ces merveilleuses photos qui habillent tes écrits avec tant de beauté et d’élégance.
    Avec tout mon amour ❤️

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