Brouillon du Guatemala

Premiers paysages : du vert. De la jungle. Une prolongation du Chiapas, en différent. Comme si la nature était au courant qu’elle changeait de pays. Nous traversons un nombre impressionnant de petits villages qui ne semblent vivre que de la vente de cochons, coqs et tortillas. Abris sommaires et gosses aux pieds nus se succèdent dans un harmonieux bordel, me faisant vaguement penser à l’Asie. Globalement, c’est très beau et très étonnant. J’aime les reliefs arrondis, mystérieux et secs. On dirait une foultitude de petits pains de sucre, mignons et savoureux. J’aime aussi cette odeur particulière, celle de la découverte et de la nouveauté.

Arrivée à Florès. Lac Péten. Ile artificielle. Maisons colorées. Touristes. Tours organisés. Mecs louches. L’ambiance me surprend. L’endroit semble avoir été construit pour attirer (arnaquer ?) les voyageurs mais aussi étrange que cela puisse paraître, des Guatémaltèques y vivent normalement avec églises, écoles et boulangeries. J’en profite pour prendre quelques clichés. Cette face cachée, plus sincère et plutôt photogénique me plaît.
Santa Elena. Tikal. El Remate. Les alentours, entre pyramides mayas dont on ne se lasse pas et pontons aux allures tahitiennes, sont particulièrement paisibles. Je me vois bien rester à El Remate pour toujours, cet endroit est si doux. Les singes hurleurs me font peur et sourire, les coqs me rendent folles. Les baignades sont chaudes, les discussions encore plus. Le rocking chair est à mon goût. Les mystères mayas nous entourent et me rendent tout chose.

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Les roses soirées d’El Remate

A El Remate, on rencontre Jacky. Quelque part, ça a toujours été un grand rêve de rencontrer un vrai Jacky.
Jacky avec un –y.
Jacky avec un bateau beaucoup trop stylé.
Jacky avec un style qu’on ne trouve que dans les films.
Jacky est un Breton de 70 ans qui vit au Canada depuis plus de 50 ans. Je pense qu’on peut affirmer qu’il est canadien, surtout quand on l’entend nous répéter « c’tout à fait correc’ ».
Ce jour-là, je bouquinais au-dessus de l’eau accompagnée de mes deux nouvelles copines. Un ronronnement de moteur nous surprend : c’est Jacky qui gare son bolide flottant. Son âge n’a pas entaché sa gouaille : ni une ni deux, il nous raconte son incroyable vie et nous invite à aller explorer le lac sur son bateau. Il nous parle d’une petite rivière cachée, blottie entre roseaux et arbres marins. Nous n’hésitons pas et grimpons, direction l’aventure. Nos espérances ne sont pas déçues : Jacky est aussi drôle qu’il en a l’air, la rivière aussi enchanteresse que selon les dires de Jacky. Nous nous émerveillons devant les oiseaux et apercevons deux gros aigles. Nous repassons sur le ponton pour cette fois embarquer Yoan et remettons les voiles pour une promenade plus longue. Jacky se transforme en guide nous expliquant les spécificités de telle plante, les bienfaits de tel arbre. On rigole, on échange.
Jacky insiste pour nous inviter dans sa maison, construite il y a un an dans les hauteurs d’un village perdu, bordant le lac. La terrasse offre une vue des plus apaisantes. Jacky aime conter des récits, les siens mais aussi ceux des autres. C’est que des histoires, il en connaît un paquet ! Parfois tristes comme celles des jeunes filles Guatémaltèques de son village, forcées de mariage à 13 ans, destinées à une vie d’enfer. Parfois drôles, comme les conquêtes féminines qu’il a accumulées avec déception parfois mais avec joie et humour, toujours. Nous terminons la journée, tous les cinq, dans un boui-boui local à la nourriture délicieuse. Nous nous quittons avec émotions mélangées. Nous ne reverrons probablement jamais ce bon vieux Jacky mais je reverrai toujours ce bel échange, empreint de bienveillance et de gentillesse.

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Laguna Lachua.
Acatenengo, Fuego.
L’eau calme, les vagues huileuses, le feu impulsif, la magie. Deux endroits opposés en tout mais qui partagent la même énergie et les mêmes ondes, revitalisantes. Je me défoule quand je grimpe, je m’écoute quand je m’allonge. Mes cuisses brûlent, mes poils se dressent, ma bouche se couvre de poussière, mes pieds se muent en ampoules géantes. Mon corps tout entier vibre.
J’observe la lave qui dégouline en mille morceaux, telle des larmes enflammées. Je veille tard la nuit pour ne pas manquer une seule seconde de l’incroyable spectacle qui s’offre à moi. Le Fuego ne se calme jamais, projetant toutes les 10 minutes des feux d’artifice aux formes folles. Je pense aux morts que ce terrible volcan a provoqué l’année dernière. Je me demande toujours comment la beauté peut être si dévastatrice. Je me lève tôt pour voir le soleil, rouge vif, se lever parmi les nuages rosés.
J’observe les vagues qui ressemblent à de l’huile et m’apaisent instantanément. La jungle et ses bruits fous me bercent. Le silence se fait malgré tout entendre et je profite de chaque seconde. Il n’existe pas d’endroit plus serein et doux, j’en ai la soudaine certitude. Je pourrais rester devant le lac des heures durant, sans jamais me lasser. Essayant toujours de deviner les vilains crocodiles. Me faisant toujours surprendre par de gros bouts de bois. Cruelle nature.
Mais nature dans son état le plus pur, le plus brut. Pleine d’échos effrayants, d’animaux incroyables, d’amour, de joie, d’euphorie, d’émotions, de solitude, d’espoirs, de vie. Elle seule possède ce précieux pouvoir d’annihiler toute pensée, ce mal propre à l’être humain.
Les sensations sont toutes divines, je les considère, attentive et alerte.

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La retraite de méditation. Elle vient couper mon rythme de voyageuse et c’est très bien. Je prends systématiquement mon temps et ne m’impose rien mais il faut malgré tout, organiser un minimum. Alors 10 jours à ne vivre que dans le moment présent, ne rien programmer, ne rien prévoir, ne plus se préoccuper ni du passé ni du futur… un vrai relâchement. Et pourtant, c’était dur. Physiquement et mentalement. J’avais mal aux jambes, au dos et avais souvent envie d’envoyer tout valser. J’avais envie crier et me demandais ce que je foutais dans ce truc de zinzins. J’avais envie de manger du sucre par milliers et même parfois, fait incroyable, envie de cuisiner.
J’en suis ressortie changée, grandie, revitalisée et pleine de nouvelles énergies. Un autre aperçu du Guatemala, une pause nécessaire et des rencontres hors du commun.

Escale à Coban. J’arrive dans cette petite ville et c’est la première fois que je me sens vraiment au Guatemala. La ville est plutôt bien située et sert donc de hub afin de rejoindre les coins touristiques environnants. Mais personne ne s’y arrête : rien à faire, pas assez jolie. Je ne suis pas vraiment d’accord.
Ici, je ressens quelque chose de vrai, de doux. Dans la ville, il y a une notamment cette petite rue. Pas spécialement jolie mais pleine de couleurs, de motifs et de bruit. Elle me touche. J’y photographie les femmes qui jouent le jeu en prenant des poses négligemment préparées. Les autres rues, je les aime aussi. L’ambiance, simple et naturelle, me ressemble et me fait sourire. Les locaux me sourient en retour et semblent heureux. C’est contagieux. Je me sens vraiment bien.
Inattendu, agréable et réconciliant.

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Le lac Atitlan.
J’y suis en ce moment même. A San Marcos La Laguna, l’und des villages qui bordent le lac. J’écris depuis un hostel éco responsable avec des chiottes sèches qui puent et qui sont pleines de mouches. Le « gérant » (qui sait ce qu’il est vraiment ?) de l’hôtel est à côté de moi, il danse bizarrement en brûlant du copal. Hier, j’étais dans un cercle d’illuminés, jouant du tam-tam autour d’un feu de joie. Tout à l’heure, je suis allée me chercher un bocal de probiotiques. Sur tous les murs du village sont affichées des annonces promettant une vie meilleure : « Tattoo with intention », « shamanic healing training », et j’en passe.

Parallèlement, c’est la fête au village. Le genre de fête que tu supportes 5 minutes parce que c’est « authentique » mais 5h plus tard, tu as comme qui dirait envie de buter tout le monde. Pétards, mecs bourrés qui ne tiennent pas debout, chansons de merde qui résonnent, pop-corn et poulet gras à chaque coin de rue, gamins aux yeux révulsés… voilà qui ne me transcende pas.
L’autre facette de San Marcos semble donc moins moins healthy, moins riche, moins spirituelle.

San Marcos me chamboule, me question. J’aime cet endroit mais non mais oui. Génial. Faux. Libre. Reclus. Je ne sais pas mais n’abandonne pas et explore encore et encore ce qu’il y a à explorer ici. Et puis, je me sens si bien dans mon petit hostel de hippies. Le même phénomène qu’à Antigua se produit : il semblerait que certaines places nécessitent plus de temps pour les appréhender, voire les aimer. Un peu comme les gens, finalement.

Le voyage au Guatemala continue, je ne sais pas encore combien de temps. Je ne sais pas où, comment, si et pourquoi. Je ne sais toujours pas si je l’aime à la folie, si je le déteste. Mais ce doute est plaisant. L’incertitude, celle du court comme du long terme fait désormais partie de mon quotidien et si c’est parfois effrayant, c’est surtout excitant.

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3 commentaires sur “Brouillon du Guatemala

  1. Une belle ballade au Guatemala . Beau texte mais quelles photos !! BRAVO ma fille car tout y est. La composition, la lumière et bien sûr le rêve de se rendre là où tes magnifiques photos nous mènent.
    Bonne continuation ma Princesse, bisou à Yoan . Soyez prudents .
    Ton papou trop fier de sa grande fille adorée.

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  2. À chaque fois c’est le même petit scénario… j’apprends que tu as écrit un nouvel article et mon coeur fait des bonds!! Je m’isole de mon petit monde pour mieux rejoindre le tien … Je me love dans ta plume et j’imagine ta petite main s’agiter avec frénésie au rythme des aventures que tu as choisi de nous offrir. Je vois cette adorable petite moue qui se dessine sur ton visage depuis ta tendre enfance lorsque tu te concentres, et à l’instant où je découvre tes premiers mots, j’ai juste envie de déclarer : «Que personne ne me dérange sous aucun prétexte !! » 😊. Alors je me laisse bercer par tes récits, je vois défiler tous les paysages que tu commentes, et même ceux que tu n’agrémentes pas de photos…Je ressens les odeurs que tu décris, je vois les couleurs que tu détailles, j’ai parfois même l’impression d’entendre la voix des gens que tu croises et partage tes regrets quand tu les quittes! Je pleure d’admiration devant la beauté de tes photos et si tu me manques cruellement, je découvre à travers tes articles une nouvelle forme de communication, une nouvelle forme de partage … C’est comme si tu me parlais, comme si tu prenais par la main et m’emmenais voir les volcans du Guatemala, le lac Atitlan et toutes les beautés du monde que tu explores. A mesure que tu écris, je te découvre toujours un peu grandie, enrichie des liens que tu noues avec les gens que tu rencontres et que tu ne regardes qu’avec la pureté de ton âme. Alors ma chérie, pour ce nouvel article écrit tant d’amour pour la vie, que je vis comme un véritable rdv, un doux câlin que tu m’offres, je dis merci du fond du coeur mais je dois bien avouer que ce soir, quitte à me prendre une petite raclée je donnerai cher pour une partie de pueblo avec toi !! 😊😊.
    Avec tout mon amour

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  3. Woaw. Marion! Je ne savais pas que tu ecrivais… C’est splendide! Merci, tu m’as fait voyager, transporté dans un passé si proche et si loin a la fois, tu as reconforté ma nostalgie… les yeux qui mouillent et le coeur serré… Woa. Merci. Pour ma part c’est avec grande tristesse que j’ai quitté l’Amerique Centrale dont le Guatemala, et avec une totale indifference que je retrouve le Mexique… J’aurais aimé passer cette derniere semaine dans le nord du Salvador, mon coup de coeur 💚 d’ailleurs si tes pas t’y amènent je t’encourage vivement a me contacter pour que je puisse te recommander quelques coins de cette incroyable et genereuse Patchamama.

    J’ai ri aussi, en plus j’ai vraiment été a tous les endroits que tu decris, merci encore pour la recommendation de la Laguna Lachua, une merveille. J’en reviens pas que t’ais fait l’Acatenango juste apres nos 10 jours Vipassana. Grosse malade haha. Quoique ca a bien du t’aider pendant la montée…  »anisha anisha aniiiishaaa ».

    Continues a nous faire voyager, et prends bien soin de toi. J’adore ton style baby! Moi cest retour en France pour 3 jours pendant lesquels je vais me gaver de tomme de brebis du village de mes parents et ensuite, c’est Madagascar pour 2 mois. Je t’embrasse. Florie

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