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Être seul.e, être une femme, voyager.

J’ai toujours aimé être seule.

Gamine, il me suffisait d’un bon livre ou de polly pockets pour m’occuper pendant des heures. L’ennui n’a jamais vraiment voulu me rencontrer et c’est tant mieux.
Les parents étant profs, nous passions, ma sœur et moi, de longs et doux étés dans la maison de mon cœur. Quand je refusais de jouer avec ma sœur (et qu’est-ce qu’elle pouvait insister la morveuse), elle allait se réfugier chez les voisins et pouvait rester là-bas des jours durant, me semblait-il. Dieu sait quelles étaient leurs occupations mais quand j’ai appris que Victor, le chat des voisins, s’était enfui, j’ai préféré ne pas savoir. Moi, je n’avais pas de copains dans le quartier et ça m’allait très bien. La solitude me convenait parfaitement même si je dois reconnaître que grandir avec une petite sœur fut la chose la plus incroyable et la plus jolie qu’il m’ait été donné de vivre.
Cependant, j’ai vite compris qu’être seul n’était pas un truc bien vu. Cela rimait forcément avec, dans l’ordre de la vie, bizarre, looser, paumé, tristesse, vieille fille, chats, ennui, retraite, vieux, mort. Et puis, plein de gens confondaient ça avec isolement, ce qui n’a rien à voir. Au regard de la société incroyablement individualiste dans laquelle nous évoluons, j’ai toujours trouvé que c’était un peu du foutage de gueule mais bon, sommes-nous à une aberration près ?

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Du coup, je me suis fait des copains. Histoire de pas être la fille bizarre qui reste dans son coin et qui se fait cracher dessus (si, je l’ai vu). Et puis avoir des copains, c’est un peu cool quand même.
Cependant, mes premières années à expérimenter l’amitié ainsi que la vie en communauté n’ont pas été des plus réussies. Je me souviens des interminables disputes avec Clothilde, Ophélie, Chloé et toute la clique. Je me souviens d’Alison tantôt adulée, tantôt martyrisée et ce de manière plutôt violente. Je me souviens de la fois où, dans une bagarre ridicule avec Ophélie, je lui ai arraché une poignée de cheveux si grosse qu’on eut dit une crinière de cheval. Et bien sûr, on se souvient tous de Maïté m’humiliant en cour de récré. Quand je vous dis que j’ai toujours pas digéré. Et je vous épargne ces longues années de collège où l’on répétait que j’étais « une sale gouine » car – ATTENTION, argument de choc –  je n’avais qu’une seule copine (que j’adorais) et qu’on passait nos vies fourrées à deux (j’ai toujours préféré la qualité à la quantité).
J’ai bien conscience que la période primaire-collège n’épargne presque personne mais n’empêche : j’étais bien contente d’être une solitaire. Car si cette solitude n’a pas toujours été tendre ni agréable, elle seule a eu le pouvoir de me protéger, de m’évader, de me réfugier dans des rêves d’une douceur inégalable. Avec elle, j’étais libre.
Le lycée fut moins sale, bien que tout aussi con.
J’en suis vite arrivée à la conclusion que, bordel cette histoire de relations humaines allait être compliquée. J’avais déjà envie d’abandonner, de m’en retourner à ma propre personne. Parce que bon, même si je ne me supportais que moyennement, je n’avais pas le choix de toutes façons. Alors que me farcir tous ces autres connards, y étais-je franchement obligée ?

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Bien sûr, toutes ces années ont également été marquées par l’épisode « se trouver un mec ». Celui-là, il a duré longtemps. Et c’est, de loin, l’expérience de solitude qui m’a fait le plus souffrir. Au bout du compte, je ne savais même plus ce qui me faisait mal : ne pas avoir rencontré l’amour ou bien toutes ces personnes qui me répétaient que « mais si, ça arrivera au moment où tu t’y attends le moins ». Je n’avais même pas 20 ans que cela semblait être déjà un problème d’être célibataire. Comme je déteste ce mot d’ailleurs. Plein de connotations, de laideur, de banalités, d’à priori. Presque un gros mot.

On me le rappelait sans cesse, on me conseillait les sites de rencontre, on me disait que c’était pas en couchant le premier soir que j’allais me trouver quelqu’un, on me présentait les potes de potes (qui étaient toujours super lourds et portaient des chaussures qui regardent le ciel) et on essayait faussement de me rassurer quant à mon « statut ». Alors que moi, j’avais rien demandé. Enfin… peut-être que si après tout. J’étais clairement perdue sur ce que je voulais, ce que la société voulait de moi et quant à ce qu’il était convenable de faire, pas faire.

Définitivement, être seul posait problème. Je ne comprenais pas vraiment en quoi cela dit.

Bon, je rassure tout le monde, l’Amour a fini par me faire coucou. Sur le tard, certes, mais il fut si beau et intense que je ne regrette pas d’avoir attendu. Et puis, contrairement à tous mes potes qui n’avaient jamais connu un autre état que celui que l’on nomme « en couple », moi je savais comment vivre seule. Et croyez-moi, cela a été bien utile.

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Entre temps, n’empêche que j’avais un peu perdu la capacité à vivre seule et soyons honnêtes : principalement l’envie. J’avais gagné en assurance, les gens disaient de moi que j’étais drôle, je m’étais fait de vrais amis. Tout changeait. Je ne prenais plus le temps de regarder autour de moi et surtout, à l’intérieur de moi. Le monde était autour de moi, je vivais à travers eux, avec eux, pour eux. Je n’étais jamais seule même quand je l’étais. C’était la fête, l’alcool, les révisions ensemble, les dimanches ensemble, les vacances ensemble. J’étais devenue la prolongation des copines et c’était très bien comme ça. Fallait pas se retrouver solo. Déjà que j’avais pas de mec, pas question de me retrouver dans le groupe des gens qui en plus d’être « célib' » n’ont pas d’amis. Voilà qui aurait fait de moi une célibattante, imaginez un peu.
Non, moi, j’étais la cool. Je travaillais mon image, celle qui me permettait de paraître détachée, marrante et vulgaire. J’étais la grande blonde avec son rouge à lèvres, celle qui hurlait, faisait ce qu’elle voulait, se foutait pas mal du regard des autres et se foutait de tout en fait. Et pourtant, il est évident que je ne me foutais de rien. Mais ce costume me plaisait et encore aujourd’hui, je me trompe parfois entre le déguisement et moi. J’ai sûrement fusionné les deux avec le temps.
Toujours est-il que cette Marion cool, revêtue de cette toute nouvelle et impressionnante confiance en elle ne pouvait pas se permettre de s’acoquiner avec la solitude.

J’ai néanmoins en souvenir une soirée durant laquelle j’ai décidé de renouer avec ma solitude. Aller à un concert toute seule. Ça parait tout con. ET POURTANT. Que l’instant fut douloureux ! J’observais mes mains, tentant d’ôter la moiteur qui les habillait. La bière tiède que je tenais maladroitement rendait la chose vaine. Je n’avais même pas de smartphone (ce qui aurait éventuellement pu me donner une consistance) et il n’y avait pas de fumoir. Je ne savais pas quoi faire, j’étais arrivée super tôt : la salle était quasi vide. Je n’osais pas aller vers les quelques humains présents dans la salle, c’est à peine si j’osais bouger. Si j’utilise le terme « humain », c’est qu’à ce moment je me sentais comme une extra-terrestre : c’était sûr, toutes les personnes (à peu près 3, donc) me regardaient et se foutaient de ma gueule car j’étais venue SEULE. Je me sentais honteuse. Honteuse de ne pas avoir d’amis, de mec ou que sais-je. Alors, mademoiselle « je me fous du regard des autres », t’étais passée où ?
Heureusement, les lumières ont fini par se fermer pour laisser apparaître l’obscurité, dans laquelle je me suis lovée, soulagée.
Je suis sortie de la salle la tête baissée, gênée.
OK, très bien, solitude, connasse, TU DEGAGES, que je ne te revois plus de sitôt !
Et si elle refaisait parfois surface, c’était avec difficulté que je la gérais. Je ressentais un terrible besoin de l’avoir dans ma vie, me sentais incomprise par les autres quand elle était avec moi et parallèlement, faisais tout pour la fuir.

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Quand soudain, brillant de mille feux, surgit Paris. La ville du beau, du cool, du cher, du trop, du n’importe quoi, du beaucoup, du pas assez et de tout un tas de trucs sordides. En quelques battements de cils, je n’ai pas le temps de me retourner, la solitude ne devient subitement non plus une alliée mais ma pire ennemie. J’angoisse à chaque minute passée avec moi-même. Je l’appréhende comme la peste. Je la vomis, la déteste. Ce sentiment me vide, je me sens comme étrangère. A moi-même, à Paris, aux autres.
J’attendais une capitale de la mode accueillante, belle, bienveillante, accommodante. Une capitale de la mode qui sent la chaleur, le gâteau, l’art, la musique, la joie et les sourires. Elle a respecté ses promesses de beauté et d’arts ; je suis une femme honnête. Mais pour le reste, elle a m’a fait un gros fuck. Elle a montré sa pire face, celle qui consomme, qui brûle, qui fait culpabiliser, qui bouffe ton énergie et ne te considère pas. Elle m’a même présenté quelques agresseurs plutôt flippants. Pourtant, je m’étais bien entourée : mes amis d’école rôdaient dans les alentours et je m’en étais trouvée des nouveaux. Mais rien n’y faisait, quelque chose manquait, je me sentais seule même dans des foules, même avec les autres.

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Je teste la colocation à deux reprises et je dois me rendre à l’évidence : cette affaire de vivre avec quelqu’un, respecter l’espace vital de l’autre, voir le sien dévoré ; ça n’est pour moi.
J’aime être seule.
J’aime faire ce que je veux, quand je veux et tout ranger tout de manière parallèle si ça me chante car oui, j’ai des putains de TOC.
J’aime être libre.
Ce besoin soudain de liberté prend une forme dérangeante, impalpable, vitale. Mais à ce moment, il m’est impossible de matérialiser la flamme qui se ravive en moi. Quelque chose se passe, je ressens, vibre et prend conscience mais les mots sont bloqués. Sans parler des actions.

**
Memphis, Septembre 2018.

Il pleut des petites gouttes transparentes, l’air est pesant. Pourtant, je ne saurais expliquer pourquoi mais ce que je ressens s’apparente à de la plénitude. Je flotte. Je marche, je sors mon pancho de pluie, je le range, je le sors. Le musée des droits de l’homme a posé du plomb dans mon estomac, j’ai besoin de joie. Je déambule près de l’eau, je ne savais même pas qu’il y avait de l’eau à Memphis. Je ressors le pancho, décidément le temps est indécis.  Mais si habituellement les conditions météorologiques m’atteignent, cette fois-là, je m’en fiche. Je n’ai absolument besoin de rien, ni de personne. Je ne pense pas à grand-chose et laisse l’appareil photo au fond de mon sac à dos. Je tente d’intégrer les éléments extérieurs – les gens, les rues, les rires, les panneaux – et me surprends à chanter à voix haute dans la rue. La nuit tombe et la pluie, inépuisable, l’imite. Rendue de ma journée, je me jette dans un tout petit bar pourri qui paye pas de mine car on le sait, les bars qui payent pas de mine sont toujours une mine d’or. L’endroit est tout de même situé à Beale Street, je ne prends pas trop de risques. Je passe la porte d’entrée et suis immédiatement projetée dans un autre monde. Un vieux et un jeune sont sur scène et jouent du blues comme dans les films. C’est si beau. Les lumières se font faibles, voire inexistantes ce qui sans nul doute, donne du cachet au lieu. Il n’y a que deux personnes étranges attablées au milieu de la salle. La barmaid fume devant un écriteau « NO SMOKING ». La fumée me dérange mais le côté rebelle me plaît.

Je m’installe au bar, seule. Comme j’ai toujours rêvé de le faire. Comme Carrie Bradshaw sauf que je suis habillée en Decathlon et qu’au lieu d’un Cosmopolitan, je me commande une grosse pintasse. Normale, je suis une Chti, pas une New-Yorkaise de Manhattan lol.
Je me sens si bien, profondément heureuse. Je me délecte de ma présence. Je suis dans le présent. Je suis consciente, ici à Memphis, dans un bar génial. Il n’y a pas de passé ni de futur. Juste ici, maintenant. Je n’ai définitivement besoin ni envie de personne. Un sentiment enivrant.

Finalement, après deux heures, 3 bières beaucoup trop fortes et des mélodies sublimes qui ne me quittent pas, un mec vient s’asseoir à côté de moi. Comme dans les séries, il me demande « May I join you ? ». Je suis sur le point de refuser car vraiment, je suis si bien seule mais j’accepte car YOLO comme on dit. Le garçon en question est super cool, un américain du Montana à l’accent impeccable, passionné par les accents d’ailleurs. Nous discutons de longues heures. Parfois on s’arrête pour écouter les musiciens. Parfois on ne parle plus mais qu’importe, nos deux présences émettent une telle énergie. Il est tellement rare de partager ça avec un inconnu. Tellement précieux.

Il est tard (à moins qu’il ne soit 21h ?), je suis ivre, je commande mon Uber en fermant un œil.

J’ai passé une soirée incroyable. Avec moi. Avec cet inconnu. Cet inconnu qui ne serait jamais venu m’accoster si j’avais été accompagnée.
**

Et puis soudain, tout s’écroule. Mon copain me quitte. Cet enfoiré d’connard. « Il ne sait pas ce qu’il perd » « un de perdu, dix de retrouvés » « laisse du temps au temps » m’ont rabâché ces proches bien intentionnés. Haha, je ris.
Bon, je n’ai pas vraiment ri à ce moment-là.
Alors quoi, je m’étais donnée tout ce mal pour RE finir seule ? C’était reparti ? Putain, la flemme. Tellement mais TELLEMENT pas envie de me retrouver SEULE. S E U L E. J’allais faire quoi maintenant ? Et comment j’allais supporter les dimanches soirs… seule ? Comment j’allais monter mes meubles… seule ? Comment j’allais organiser mes vacances… seule ? Comment j’allais vivre… seule ?
Attends une seconde. Etais-je devenue… dépendante ? Que dalle. Moi, l’éternelle solitaire, c’est pas en à peine deux ans que j’aurais renié mon moi profond, que je me serais identifiée à un mec. J’avais vécu la plupart de ma vie célibataire, c’était pas à moi qu’on allait apprendre comment vivre solo bitch.
C’était peut-être la douleur qui me faisait vaciller mais voilà, on devait bien reconnaître qu’il y avait une couille dans le potage.

C’est là que j’ai décidé de partir en voyage. Seule. Fallait bien vérifier mes théories fumeuses. Et puis, quelle meilleure guérison que de me jeter à corps perdu dans ce que j’aime le plus sur terre : voyager ?
Pourtant, j’ai tellement hésité. J’avais tellement peur. Et si je ne rencontre personne ? Et si toutes les personnes que je rencontre sur la route sont insupportables ?
C’étaient là mes principales craintes : me retrouver seule ou pire, mal accompagnée. Je me souvenais de tous mes voyages pendant lesquels je me disais « quand même, c’est cool de pouvoir partager avec son mec/sa meilleure copine/des potes ». Tous ces voyages que je n’imaginais pas partager avec de parfaits inconnus rencontrés dans une auberge miteuse.

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A cela s’ajoutait une autre donnée : être une femme seule en voyage. Bon je ne veux pas faire l’aventurière à deux balles mais soyons honnête, cet aspect-là ne me faisait absolument pas peur. Je n’en avais rien à foutre de ne pas avoir de couilles (bien que les gens me disent régulièrement que j’en ai. Et des grosses) ou de ne pas être capable de me défendre par la force… encore que.
En revanche, je dois reconnaître que le sujet m’intéressait. On pourrait en écrire des romans, des essais et dissertations tant la question est vaste. Ça a été fait d’ailleurs, souvent très bien, parfois de manière très maladroite. Les premières femmes (je pense à Alexandra David-Néel par exemple) à être parties à l’aventure en solitaire ont fait jaser, ont dérangé mais surtout… ont tout changé.
La femme, qui longtemps dépendante de son mari, restait à la maison pour s’occuper des enfants et du ménage, devenait tout à coup libre. Libre de ses gestes, libre de pratiquer les mêmes activités qu’un homme. Comme par exemple voyager, être une « aventurière ». On ne va se mentir, ça n’a pas toujours été bien vu.
On nous dit d’ailleurs encore que nous sommes courageuses, folles, inconscientes, crédules, trop faibles, incroyables, fortes. On continue de nous prodiguer un tas de conseils (qui sont, en général, du bon sens) et on fait même le marketing de « la femme seule en voyage » avec toutes sortes de guides et PDF gratuits. On nous recommande de porter des vêtements longs, de rester dans les dortoirs de filles ou au contraire, de faire de l’auto-stop, de ne pas avoir peur et de faire de la moto; yolo.
Dans tous les cas, nous restons une catégorie bien spécifique à qui il faut donner beaucoup de conseils, une catégorie pour qui laquelle faut avoir peur.
Finalement, un sujet qui dérange un peu, souvent impressionne.

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Malgré cela, je suis partie seule. Nombreux sont qui connaissent l’histoire, je ne la réécrirai pas ici. Néanmoins ce que je peux en dire avec du recul, c’est que ce voyage a probablement tout changé. Pour la première fois, je réalisai à quel point être seul pouvait être non seulement facile et beau mais incroyablement enrichissant. Soudainement livrée à moi-même, le voyage en solitaire m’a emmenée vers un incroyable voyage intérieur. Il m’a offert une liberté ainsi qu’un dépassement de moi absolument fascinants. Et cette liberté, que je n’arrivais à faire éclore, qui a pris le pas sur tout le reste et est devenue essentielle.
De plus, je réalisai qu’être une femme n’était pas frein et que les violeurs ne nous attendaient pas tous au coin d’une ruelle sombre. Cela se révélait même parfois avantageux. Et si, sans certains pays, le statut de la femme m’a fait vraiment mal, personne ne m’a fait de mal. Rien n’était si effrayant.

Je me souviens de ma première nuit en auberge de jeunesse, à Jakarta. Un groupe de jeunes était assis autour d’une table, ils riaient et semblaient heureux. J’avais envie de rire avec eux. Je me suis alors dit que je serais incapable de les aborder et que je finirai seule TOUTE MA VIE. Drama queen beer.
Bien entendu, ça ne s’est pas passé comme ça : j’ai fait des rencontres merveilleuses et ne me suis jamais sentie seule. J’ai pourtant vécu beaucoup de moments seule mais j’ai appris à les savourer, à les sélectionner et les apprécier.
Et j’étais libre ! Je choisissais, ou non d’être seule ou accompagnée. Je choisissais les amitiés, leur durée et leur présence. J’étais plus ouverte et allais vers les gens naturellement. Les gens venaient vers moi. J’apprenais à me fier à mon instinct et surtout à le suivre. Quel luxe ! Quel sentiment addictif ! C’était décidé, ça deviendrait mon mode de voyage principal.

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Ce voyage ci, je l’ai commencé seule. 3 mois avec moi. Mais cette fois, avec une solitude désirée et apprivoisée. Elle ne me faisait plus peur et même, je l’aimais. On s’entendait complètement bien et elle me manquait.
Je ne peux évidemment pas vous faire le résumé de ce que j’ai vécu, de ce que cette liberté a éveillé en moi, de ce que j’ai compris, de ce que j’ai appris, de ce que j’ai ressenti, de ce que j’ai aimé, de ce qui m’a fait vibrer. Et puis dans le fond, le blog le fait un peu. Mais quelle magie, quel apprentissage. Des voyages dans des voyages, de la liberté à s’en étouffer, des expériences hors du temps, du temps hors des expériences, du silence, de la beauté, des découvertes vivifiantes et électrisantes. Je ressuscite la Marion solitaire et découvre celle sauvage et lors d’occasions bien particulières, timide et introvertie. Etrangement, j’apprécie.

Etre une femme seule en voyage, le sujet qui fâche, est bien sûr revenu maintes et maintes fois lors de ces longues semaines à arpenter le Canada et les Etats-Unis. Car cette fois, j’ajoutais des Couchsurfing, des rencontres d’avion et même du stop. Largement de quoi alimenter les discussions et questions de ces curieux et inquiets. Et et et… je dois bien avouer que de temps en temps, ça a été chiant d’être une grande zouz blonde au sourire large. Petits regards louches, petites mains baladeuses, petits mots déplacés, petites tentatives lourdes, petites frayeurs et petites réductions (cool). Ouais car si le statut de la femme en France peut encore sembler parfois bien merdique, il est dans d’autres pays (comme le Mexique au hasard) tellement pire. Je peux vous assurer que ça m’a énervée un paquet de fois et que l’excuse « nan mais c’est dans leur culture », ça passe vraiment pas toujours. J’en ai d’ailleurs parfois fait l’expérience et c’était pas marrant. J’étais très en colère.
Mais dans le fond, pas de quoi en faire tout un pataquès. Ok pour prévenir. D’accord, j’en suis. Mais allez là, arrêtez de nous faire croire que la femme est un petit être sans défense et que tous les hommes sont de vilains prédateurs et ce surtout à l’étranger. A t-on vraiment besoin de guides qui prodiguent finalement des conseils applicables aux hommes ? A t-on besoin de stigmatiser la femme seule qui voyage et d’en faire une femme « qui a des couilles » ? Je ne pense pas. Encore une fois, tout est une question d’équilibre. Et peut-être d’un peu de bon de sens ?

Aujourd’hui, en ce 31 mars, je ne voyage plus seule. Et c’est tout aussi beau et doux. Si ce genre de voyage est probablement plus confortable pour l’ego, il l’est aussi pour le coeur. Et puis, dans quelques jours, je serai à nouveau seule. Je n’ai plus peur de rien et suis toujours heureuse de retrouver des états abandonnés. Plus rien ne compte, ni mon genre, ni avec qui je suis, ni qui je suis. Seulement ma liberté, ma passion dévorante pour le voyage. Celui que je dévore à la vitesse d’un escargot, sans le consommer.

N’oubliez pas que voyager, c’est facile si vous mettez les choses difficiles sur le côté.

4 réponses sur « Être seul.e, être une femme, voyager. »

  1. Merci ma chérie pour ce beau voyage intérieur que tu nous livres avec intensité, sincérité et toujours cette petite pointe d’humour qui donne légèreté et élégance à tous tes récits.
    J’aime beaucoup la manière dont tu as réussi à dompter la solitude pour en faire aujourd’hui une alliée, une valeur ajoutée à ta vie.
    Tu décris si bien ses vertus que je te vois, comme si tu avais fait la plus belle photo de toi-même, seule et apaisée, en train de contempler l’immensité et la beauté du monde, comme si tu savais que la solitude viendrait magnifier ton voyage. Et je me dis que j’aimerais, juste un instant te rejoindre dans ce beau paysage. 😊
    Merci pour ce beau partage ma chérie
    Avec tout mon amour ❤️

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  2. Merci Maryon – j’aime bien le voir ecrit comme cela, tu es tellement unique – et même si je bats avec ce p….. de correcteur qui le change en Martin…

    Je profite du week end, des vacances pour prendre mon temps ; cela fait un moment que je ne me suis pas connectée ton blog que je suis… histoire de me faire rêver, de faire tout ce que je n’oserai jamais faire… de voir des photos uniques qui me font tellement vibrer… et voila que je tombe sur cet article où tu parles de solitude … moi qui voulais passer un bon moment ; ça m’fait chialer – merci Maryon !

    J’ai toujours détesté La solitude : voir les gens seuls me rend mélancolique.
    La solitude m’a vidée de l’intérieur. Elle s’est imposée brutalement dans ma vie…. alors même pas question d’en parler, déjà qu’il faut donner le change tous les jours, pour montrer que l’on est courageuse !
    Et puis y a cette petite jeune à l’autre bout du monde qui vient me parler de cela alors que j’avais juste envie de me delecter des articles qu’elle dépose sur son blog. Mais tant pis je vais jusqu’au bout …

    et puis au fil des mots, les larmes s évaporent, tu me fais découvrir un nouveau visage de cette solitude… celle qui est choisie, voire même désirée. J’en suis bien loin mais cela laisse entrouvrir une fenêtre sur la suite… ne pas la rendre responsable de ce qui est arrivé…

    L’apprivoiser me semble désormais envisageable pour peut-être un jour arriver à l’apprécier.Qui sait ?

    Alors merci Maryon sincèrement !Te lire est si agréable. Ton écriture est vraie et sincère. Bravo !

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