Libre Chacahua

Chacahua, un eldorado, un secret mal gardé.

Chacahua, un bruit de couloir, une faille temporelle.

Chacahua, un paradis perdu.

Le village, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu voir au Mexique, s’entoure d’une large lagune. Pour le rejoindre, il faut donc traverser des mangroves aux tentacules tordues, des pêcheurs solitaires et des oiseaux aux cris mélodieux. La lancha tangue, mon coeur aussi.

Le conducteur de notre lancha, un mexicain sans sourire, nous jète dans un genre d’hostel qui s’avère être la maison de son frère. Un gars peu bavard. Il loue quelques modestes piaules pour la ridicule somme de 5 euros. Bien entendu, la qualité des équipements est à l’image du prix : quasiment inexistante. Mais peu importe, nous posons sacs et fatigue ici.

L’ambiance ici est au minimalisme. La chambre est dotée d’un lit, d’une chaise et d’un ventilateur qui fait la gueule. La douche se fait au sot. Les chiottes également. Aucun miroir. Inutile de préciser que le petit déjeuner n’est pas inclus. Le mot WIFI, par ailleurs, relève d’un langage lointain.
Je crois que je finis par m’habituer par ce manque de confort, voire même l’apprécier.
La douche au sot devient un jeu et avec Yoan, on se marre, tels deux gosses qui découvrent l’eau. L’internet ne me manque pas, bien au contraire. Je suis bien trop plongée dans mes livres de toutes façons. Le miroir ne me manque pas non plus, je me sens belle de toutes façons.
Et puis cette petite famille qui, contre toute attente, respire le calme et la simplicité, m’enchante. Je pourrais les regarder de longues heures durant, à fabriquer filets de pêche, à retoucher vêtements en tous genre ou à juste regarder la télé depuis un hamac plus que confortable.

De l’autre côté de la lagune se trouve une plage longue de plusieurs kilomètres, sur laquelle les impétueuses vagues viennent se claquer inlassablement, abandonnant sur leur passage des marques d’une beauté sans égal. J’aime m’y prélasser, observer les pêcheurs et imaginer la terrifiante profondeur des eaux océaniques. J’aime commander une bière, la déguster en bonne compagnie et me répéter que ce paradis a le goût de la vie. J’aime, depuis mon hamac, suivre les mouvements des surfeurs qui attendent patiemment la bonne vague. Certains s’essaient à des figures impressionnantes pendant que d’autres, plus novices, se mangent les mousses vaporeuses en pleine face. Quand ce ne sont pas les violents rouleaux qui les engloutissent.

Je ne sais pas pourquoi je le sais mais je le sais : l’endroit m’envoute.

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Chacahua invite à la détente à la reconnexion avec soi. C’est donc naturellement que mes journée s’inondent de lectures. Je passe mes journées à lire. Mes matinées, mes soirées. Je lis comme une boulimique, une affamée qui n’en a jamais assez. Je dévore plusieurs livres en même temps, mêlant les histoires, les amours, les enquêtes et les recherches de soi. Je veille jusque tard, plongée dans des mondes qui n’appartiennent qu’à moi. Je frissonne, j’anticipe, j’imagine, je transfère, je simule, j’aime, j’ai peur, je déteste, j’admire. Retour à mes premiers amours. Quand mon endroit préféré, c’était la bibliothèque. Quand adolescente, je dévorais et dévorais, blottie dans lit.

Souvent, quand la température se fait plus douce, j’enfile un short et pars courir pieds nus. Je longe l’océan et tente d’atteindre le bout de la plage mais n’y arriverai, finalement, jamais. Le soleil se couche et des paillettes dansent sur les vagues. Un peu cliché, certes mais l’harmonie avec l’incroyable nature qui m’entoure ne se décrit pas. Je cours, je cours.

Je fais des pauses, contemple et respire. Je respire.

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Les nuits sont d’une intensité hypnotisante, enveloppées de fumées provenant de feux improvisés sur la plage. Les quelques restaurants posés sur la plage sont à peine éclairés et donnent à la scène une atmosphère magnétique, presque inquiétante.
Quelques boissons réconfortantes, des rencontres pleines de joie et d’amour, des jeux de cartes, de l’herbe qui racle la gorge, le bruit assourdissant des vagues. Je ne veux rien de plus. Je suis si bien, tellement complète.

Les nuits sont également l’excuse pour embarquer sur une lancha et observer les planctons. Glisser sa main dans l’eau de la lagune et faire semblant d’attraper ces petites choses pleines de lumière. Quelques courageux sautent à pieds joints et entraînent dans leur passage des gerbes d’étincelles dorées. C’est beau. Mais finalement, ce sont les milliers d’étoiles qui parsèment le noir du ciel qui m’appellent. Je pourrais vraiment restée plantée là pour toujours, les yeux vers là haut.

Un matin, je décide d’explorer les alentours et m’aventure dans le village qui se trouve légèrement en retrait de la plage.
Les habitants déambulent tranquillement, chargés de fruits, d’oeufs et de poissons. Les coqs, poules et chiens se bousculent, gueulent et se disputent dans tous les sens. Les pêcheurs dorment sur les pontons, ou bien certains, comme celui de la photo ci-dessous, m’accostent pour me raconter leur vie. Le pêcheur en question me réclame quelques photos (faut pas me le demander deux fois) et m’explique comment il a réussi, le matin même, à pêcher 8 gros poissons. Le reste de son discours n’est pas vraiment intelligible mais je fais semblant de tout comprendre, à l’aide de grands sourires. Je conclus par un incroyablement bien maîtrisé « Hasta Luego » et continue ma promenade. Le village est mignon, beaucoup plus ce que je n’imaginais.
Je tombe sur tout un tas de gamins ébouriffés jouant dans l’eau. Un homme s’approche de moi et m’explique que c’est la récréation pour les primaires. Tiens, on se demandait justement s’il y avait une école dans le coin. Bien que, en passant devant le bâtiment en question, je ne retrouve pas beaucoup de similitudes avec ce qu’on appelle communément une « école ». Deux mondes tellement éloignés.

Je continue de marcher, je m’arrête pour admirer la lagune, les petites maisons au bord de l’eau et tente d’apercevoir des crocodiles. Les villageois continuent de m’accoster de la manière la plus naturelle qui soit et j’aime discuter avec eux… Enfin, avec mon langage quoi.

Ce que la vie est paisible par ici.

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Un soir, c’est le soleil qu’on regarde se coucher, depuis le faro, qui, comme son nom l’indique est le phare du village. Pour l’atteindre, il faut prendre une lancha, puis grimper un peu et esquiver les moustiques. Arrivés là haut, j’ai le souffle coupé. La vue est belle à en crever.
Je suis émerveillée par le spectacle. Ça n’est pas le plus beau coucher de soleil mais le moment a quelque chose de simplement parfait, plein de grâce et de hauteur. Le couple du toit, tout en niaiseries et en rires, ajoutent au tableau une touche d’amour qui m’émeut.
J’en oublie même ces saloperies de moustiques qui bouffent mes chevilles.

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Et puis un jour, nous partons. Mon corps, en tout cas.

Parce que mon coeur, lui, sera toujours un peu Chacahua.

Cet endroit, au Mexique, est indéniablement celui qui m’a marqué, qui me marque et me marquera à jamais.

Peut-être qu’il faut parfois juste ne rien posséder, observer, ne rien faire, ne pas penser, ni au passé, ni au futur, lâcher prise et vivre l’instant présent avec l’intensité qu’il requière.

2 commentaires sur “Libre Chacahua

  1. MERVEILLEUX!! MERCI ma Princesse pour ce VOYAGE au paradis terrestre.
    J’adore TOUT , le texte, tes émerveillements, ton humour sans oublier le footing…( évidemment ).
    Tes photos sont tellement belles!! Elles m’ont transporté . Elles dépassent le simple cliché  » souvenir  » pour nous transporter direct sur cette île de rêve.
    Ton papou qui t’aime tellement fort est tellement FIER de la petite fille qui sautillait à ses côtés en lui tenant la main en revenant de chez l’orthophoniste. Cette dernière devait être très performante au regard du niveau atteint aujourd’hui par son élève.
    PLEIN de Bisous d’AMOUR ma Princesse adorée 💙💚💛💜💟👑👑👑
    TON PAPOU

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  2. Tes mots sont aussi beaux qu’une pluie de paillettes, aussi doux qu’un rêve magique, aussi lumineux qu’un ciel sans nuage. Ils m’ont projetée dans ton décor féerique, presque irréel, ponctué de photos venues d’ailleurs. J’ai ressenti la douceur de l’air pur, le goût de l’écume des mers, le vertige et la stupeur devant tant de beautés! Tu m’as offert un véritable voyage le temps d’une lecture…Merci ma chérie pour ce si beau cadeau !
    Et si ce soir, dans le ciel que tu décris si bien, les étoiles se disputent nos rêves les plus fous, seule MA petite étoile, plus radieuse et plus belle que jamais, est venue jusque moi me réchauffer le cœur et le remplir de bonheur ❤️
    Avec tout mon amour ❤️

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