Libre Chacahua

Je suis rentrée de Chacahua il y a quelques jours et j’ose encore à peine y croire.
Vraiment, j’ai laissé ce paradis derrière moi ?
Vraiment, je l’ai vécu ?

Je suis malade et la seule chose que mon corps est capable de faire, c’est lire. Position allongée. Et pourtant, je puise dans mes dernières forces, me redresse afin de poser mots et émotions sur papier, sur document word, sur mon blog, peu importe. Vite. Ne rien oublier. Me souvenir pour toujours de ce qu’a changé Chacahua dans mon cœur, dans ma vie. Tenter de retranscrire la beauté vibrante du lieu.

Chacahua est un eldorado, un secret mal gardé, un bruit de couloir, un lieu de repos infini, un délice, une faille temporelle, une oasis de fraîcheur, une place qui n’existe que dans les rêves de liberté.

Et pourtant, je n’en avais jamais entendu parler. Faut dire, au plus le temps avance, au plus je me laisse porter, au gré des recommandations, des rencontres et, je l’avoue, souvent de la météo. Pas de guides, pas de blogs, pas d’agences. J’aime me fier aux « on dit » des locaux et voyageurs avertis. C’est là que se cacherait la vérité, paraît-il.
Alors, avant de débarquer sur la côte, le doux nom de Chacahua m’était encore inconnu. Il ne faudrait pas dévoiler le mystère hâtivement ! Les premières personnes à avoir évoqué cet endroit préservé de tout m’avouent à mi mot qu’il est unique, qu’il possède une âme particulière, envoutante, presque magique. Les mots « douceur », « liberté », « sublime » et « paisible » viennent également ponctuer leurs discours. Je repère les étoiles qui illuminent leurs pupilles.
Il ne m’en faut pas plus pour me convaincre. A moi Chacahua !

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Un collectivo. Un taxi. Un autre taxi alors que celui d’avant aurait fait l’affaire mais non, ici ça se partage la route ; question d’équité. Une lancha. Et voilà. Nous y sommes.
Un pied sur la terre ferme.
J’observe.
Je ressens.
J’écoute.
Je touche.
Mes sens sont sollicités, aiguisés, épuisés.
Par où commencer ?

Le village est entouré d’une lagune qui semble surgir d’un monde féérique. Avec ses mangroves aux tentacules infinies, ses pêcheurs solitaires, ses oiseaux tropicaux dont les sublimes chants transpercent les arbres affaissés par le temps, les lointaines montagnes que l’on devine à travers l’épaisse brume laiteuse, les plantes aussi incongrues qu’éblouissantes se fondant à merveille dans le paysage ; la magie opère dès la première seconde. Je me sens instantanément envahie d’un sentiment de plénitude, de bien-être absolument déroutant.

De l’autre côté de la lagune se trouve une plage longue de plusieurs kilomètres, sur laquelle les impétueuses vagues viennent se claquer inlassablement, abandonnant sur leur passage des marques d’une beauté sans égal. J’aime m’y prélasser, observer les pêcheurs et imaginer la terrifiante profondeur des eaux océaniques. J’aime commander une bière, la déguster en bonne compagnie et me répéter que ce paradis a le goût de la vie. J’aime allonger mon corps dans un hamac et reluquer les nombreux surfeurs qui attendent patiemment la bonne vague. Certains s’essaient à des figures impressionnantes pendant que d’autres, plus novices, se mangent les mousses vaporeuses en pleine face. Quand ce ne sont pas les violents rouleaux qui les engloutissent. Ce qui me fait toujours beaucoup rire. Définitivement, je suis bien là où je suis.
Les petits culs parfaitement musclés des jeunes pépettes aux cheveux dorés me laissent rêveuse mais tant pis, je préfère admirer que pratiquer. C’est à peine si je suis stable sur un sol plat, alors sur une planche glissante ? Qu’elles gardent leurs petites pommes bien fermes, j’ai toujours préféré la brioche !

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Bien entendu, mon activité favorite reste la lecture. Je passe mes journées à lire. Mes matinées, mes soirées. Je lis comme une boulimique, une affamée qui n’en a jamais assez. Je dévore plusieurs livres en même temps, mêlant les histoires, les amours, les enquêtes et les recherches de soi. Je veille jusque tard, plongée dans des mondes qui n’appartiennent qu’à moi, avec des visages que j’ai inventés, des lieux qui n’existent que dans mes songes. Je frissonne, j’anticipe, j’imagine, je transfère, je simule, j’aime, j’ai peur, je déteste, j’admire. Comme c’est bon ! Retour à mes premiers amours finalement. Quand mon endroit préféré, c’était la bibliothèque. Que me mère venait, à 1h du matin, toquer à la porte de ma chambre de pré ado (celle avec des posters de Britney Spears et d’Hélène Ségara… Oui, Hélène Ségara) en me demandant gentiment d’éteindre la lumière, c’est l’heure de dormir ma chérie.
Comment avais-je pu ranger cette passion dans un tiroir ? Je ne l’avais jamais laissé tomber, sûr. Mais avant le voyage, elle était restée en retrait, timide et pénible.
Comment la flemme et la fatigue s’étaient-elles vicieusement et calmement installées dans ma routine de femme « active » ? Comment n’avais-je pu rien voir ?

Je rêve, je réfléchis. Je laisse les pensées m’envahir mais ne les laisse pas troubler l’incroyable quiétude dans laquelle je me trouve. Je reste une observatrice attentive. Je suis dans le présent comme je ne l’ai pas été souvent dans ma vie.
Je me sens libre.

Souvent, quand la température se fait plus douce, j’enfile un short et pars courir pieds nus. Je longe l’océan, là où le sable, fortifié par l’humidité, n’engloutit pas encore mes pas. Faire le vide, me défouler, chasser les pensées inutiles et négatives, me sentir vivante. Si courir à Paris relevait davantage de l’obligation (mais uniquement parce que cela me faisait beaucoup de bien), ici c’est un plaisir intense que je ressens. Enfin, comment vous dire, je suis là, face au soleil couchant qui se reflète dans l’océan, déversant une multitude de paillettes qui dansent sur les vagues. Je suis seule, en harmonie totale avec l’incroyable nature qui m’entoure. Je cours, je cours. Je fais des pauses, je contemple, je respire. J’ai envie de pleurer car comme chacun sait, j’ai la chiale facile. Parfois, l’eau me surprend et je me retrouve à courir trois fois plus vite et je rigole fort, comme ivre de bonheur. Je vous jure, pendant ces moments privilégiés, j’ai la sensation de virer folle et c’est peut-être ce que vous pensez en me lisant. Mais fuck, si c’est ça être fou, je signe pour le reste de mes jours.

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La nuit tombée, nous regagnons nos appartements. C’est le conducteur de notre lancha qui nous a jetés là le premier jour. Un mexicain sans sourire, au regard louche. La petite maison est gérée par le père de famille (cela va sans dire), son frère. Quelques modestes piaules sont à louer pour la ridicule somme de 5 euros, soit 2,5 par personne. Moins cher c’est gratuit, comme dirait mon père, cette hilarante personne. Bien entendu, la qualité des équipements est à l’image du prix : quasiment inexistante. L’ambiance ici est au minimalisme. Mais pas celui de Pinterest, dommage. Dans la chambre : un lit, une chaise, un ventilo (merci mon Dieu). La douche, c’est au sot. Les chiottes, c’est au sot. Aucun miroir. Inutile de préciser que le petit déjeuner n’est pas inclus. Le mot WIFI, par ailleurs, relève d’un langage lointain.
Si lors des premières minutes, je n’ai qu’une envie : me casser, je finis par m’habituer par ce manque de confort, voire même l’apprécier.
La douche au sot devient un jeu et avec Yoan, on se marre, tels deux gosses qui découvrent l’eau. L’internet ne me manque pas, bien au contraire. Je suis bien trop plongée dans mes livres de toutes façons. Le miroir ne me manque pas non plus, je me sens belle de toutes façons.
Et puis cette petite famille qui respire le calme et la simplicité, m’enchante. Je pourrais les regarder de longues heures durant, à fabriquer filets de pêche, à retoucher vêtements en tous genre ou à juste regarder la télé depuis un hamac plus que confortable.

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Les nuits sont d’une intensité hypnotisante, enveloppées d’agréables fumées provenant de feux improvisés sur la plage. Les quelques restaurants posés sur la plage sont à peine éclairés et donnent à la scène une atmosphère magnétique, presque inquiétante.
Quelques boissons réconfortantes, des rencontres pleines de joie et d’amour, des jeux de cartes, de l’herbe qui racle la gorge, le bruit assourdissant des vagues. Je ne veux rien de plus. Je suis si bien, tellement complète. Comme une bonne crêpe bretonne.

Mais ces nuits sont également parfaites pour embarquer sur une lancha et observer (voir nager avec) les planctons. Je n’en avais jamais vus de ma vie et je dois reconnaître que j’ai adoré. Pouvoir glisser sa main dans l’eau de la lagune et faire semblant d’attraper ces petites choses pleines de lumière ; oui, c’est une sensation vraiment singulière. Quelques courageux sautent à pieds joints et entraînent sur leur passage, des gerbes d’étincelles dorées. C’est si joli ! Mais moi, ce qui me fait vibrer par dessus tout, ce ne sont pas les planctons de l’eau : ce sont ceux du ciel ! Ces milliers d’étoiles qui parsèment allègrement le voile obscur du crépuscule, ça me rend tout chose. Je pourrais vraiment restée plantée là pour toujours, les yeux vers là haut.

Un matin, je décide d’explorer les alentours et m’aventure dans le village qui se trouve légèrement en retrait de la plage.
Les habitants déambulent tranquillement, chargés de fruits, d’oeufs, de poissons et de choses en tout genre. Les coqs, poules et chiens se bousculent, gueulent et se disputent dans tous les sens. Les pêcheurs dorment sur les pontons (Dieu que j’aime les pontons… y’a t-il plus enchanteur?), ou bien certains, comme celui de la photo ci-dessous, m’accostent pour me raconter leur vie. Le pêcheur en question me réclame quelques photos (faut pas me le demander deux fois) et m’explique comment il a réussi, le matin même, à pêcher 8 gros poissons. Le reste de son discours est intelligible – enfin pour moi – mais je fais semblant de tout comprendre, à l’aide de grands sourires. Je conclus par un incroyablement bien maîtrisé « Hasta Luego » et continue ma promenade. Le village est mignon, beaucoup plus ce que je n’imaginais. Tu me diras, je n’imaginais pas grand chose.
Je tombe ensuite sur tout un tas de gamins ébouriffés jouant dans l’eau. Un homme s’approche de moi et m’explique que c’est la récréation pour les primaires. Tiens, on se demandait justement s’il y avait une école dans le coin. Hé bien, voilà la réponse. Bien que, en passant devant le bâtiment en question, je ne retrouve pas beaucoup de similitudes avec ce qu’on appelle communément une « école ». Deux mondes tellement éloignés. Bon, ça sera peut-être pas des flèches mais en tout cas, ils vivent au paradis et vu leurs sourires incroyables, ils ont l’air d’en avoir conscience.

Je continue de m’étonner du teint métissé des habitants de Chacahua et me souviens de la petite histoire que José, le très drôle personnage qui nous a amenés visiter la lagune de nuit, a raconté à Yoan : après l’époque de la conquête hispanique, un bateau d’esclaves cubains et haïtiens aurait échoué précisément sur ce petit bout de terre qu’est Chacahua, se seraient cachés et auraient créer ainsi une nouvelle communauté métissée. Histoire à vérifier mais ce qui est certain, c’est que les descendants d’esclaves noirs, au Mexique, bien que très rares, sont présents. Incroyable complexité que la notion de la race ici…

Je continue de marcher, je m’arrête pour admirer la lagune, les petites maisons au bord de l’eau et tente d’apercevoir des crocodiles. Les villageois continuent de m’accoster de la manière la plus naturelle qui soit et j’aime discuter avec eux… Enfin, avec mon langage quoi.

Ce que la vie est paisible par ici.

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Un soir, c’est le soleil qu’on regarde se coucher, depuis le faro, qui, comme son nom l’indique est le phare du village. Pour l’atteindre, il faut prendre une lancha, puis grimper un peu et esquiver les moustiques. Arrivés là haut, j’ai le souffle coupé. La vue est belle à en crever et l’air, tendre comme du miel.
Je suis émerveillée par le spectacle. Et pourtant, ça n’est pas le plus beau coucher de soleil de ma vie. Mais je ne sais pas, le moment est tout simplement parfait, plein de grâce et de hauteur. Le couple du toit, plein de niaiserie et de rires, ajoutent au tableau une touche d’amour absolument adorable.
J’en oublie même ces saloperies de moustiques qui bouffent mes chevilles.
Tiens, je pleure encore. Je me fatigue, c’est pas possible de chialer tout le temps, comme ça.

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Et puis un jour, nous partons. Mon corps, en tout cas.

Parce que mon coeur, lui, sera toujours un peu Chacahua.
Attention, j’ai toujours trouvé que les gens qui affirmaient « mon coeur est resté à tel endroit » étaient des gros cons. Bon, hé bien, il semblerait qu’à l’adjectif « folle » il faille ajouter celui de « grosse conne ». Vendu !

Cet endroit, au Mexique, est indéniablement celui qui m’a marqué, qui me marque et me marquera à jamais. Va comprendre ce qu’il s’est passé dans ma tête en un peu plus d’une semaine.

Peut-être qu’il faut parfois juste ne rien posséder, observer, ne rien faire, ne pas penser, ni au passé, ni au futur, lâcher prise et vivre l’instant présent avec l’intensité qu’il requière.

2 réponses sur « Libre Chacahua »

  1. MERVEILLEUX!! MERCI ma Princesse pour ce VOYAGE au paradis terrestre.
    J’adore TOUT , le texte, tes émerveillements, ton humour sans oublier le footing…( évidemment ).
    Tes photos sont tellement belles!! Elles m’ont transporté . Elles dépassent le simple cliché  » souvenir  » pour nous transporter direct sur cette île de rêve.
    Ton papou qui t’aime tellement fort est tellement FIER de la petite fille qui sautillait à ses côtés en lui tenant la main en revenant de chez l’orthophoniste. Cette dernière devait être très performante au regard du niveau atteint aujourd’hui par son élève.
    PLEIN de Bisous d’AMOUR ma Princesse adorée 💙💚💛💜💟👑👑👑
    TON PAPOU

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  2. Tes mots sont aussi beaux qu’une pluie de paillettes, aussi doux qu’un rêve magique, aussi lumineux qu’un ciel sans nuage. Ils m’ont projetée dans ton décor féerique, presque irréel, ponctué de photos venues d’ailleurs. J’ai ressenti la douceur de l’air pur, le goût de l’écume des mers, le vertige et la stupeur devant tant de beautés! Tu m’as offert un véritable voyage le temps d’une lecture…Merci ma chérie pour ce si beau cadeau !
    Et si ce soir, dans le ciel que tu décris si bien, les étoiles se disputent nos rêves les plus fous, seule MA petite étoile, plus radieuse et plus belle que jamais, est venue jusque moi me réchauffer le cœur et le remplir de bonheur ❤️
    Avec tout mon amour ❤️

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