Travel in Mexico

Petite longue introduction au Mexique

Comment ne pas parler du Mexique ?
Comment en parler ?

Il ne me restait que très peu de souvenirs de mon premier voyage au Mexique. J’avais 15 ans, j’étais un peu rebelle et un peu contente d’avoir des vacances tous frais payés à l’autre bout du monde. En prime, les parents nous avaient promis, à ma sœur et moi, une baignade avec les dauphins. Je n’en demandais pas plus.
J’ai souvenir de la chaleur écrasante lors de la visite du célèbre site maya Chichen Itza, j’ai souvenir d’une terrible tourista qui m’a fait regretter mon habituelle constipation, j’ai souvenir des gugus de l’hôtel déguisés en Indiens Appalaches Mayas (ou que sais-je, avec des plumes en tout cas), j’ai souvenir des atroces coups de soleil qui me brûlaient la tête, le cou, le ventre, les jambes et les pieds (comment ça je n’ai pas la peau matte ?), j’ai souvenir de l’île aux Femmes et puis voilà.
C’est à peu près tout.
Je partais donc de zéro. Ou presque. J’avais quand même visité Tijuana avec mes copines lors de mon passage à LA. J’avais adoré et avais hâte d’y retourner. Mais deux jours ne suffisent pas à se faire une idée du Mexique.

Après un dernier adieu à Los Angeles qui m’offre des lumières sublimes en guise de cadeau de départ, j’emprunte un bus Greyhound (Dieu merci, le dernier. Nostalgie et soulagement) afin de rejoindre la fameuse Tijuana, celle que le gouvernement français classe « zone rouge » et dans laquelle je ne resterai cette fois pas. Welcome to Mexico !

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Un passage douanier quelque peu fumeux et deux nouveaux copains mexicains plus tard, la voici : Tijuana. Manu Chao et sa chanson m’entêtent déjà. La station de bus m’accueille avec des odeurs de pisse et des murs moins chaleureux que ceux d’un hôpital glauque. Je ne m’attarde pas. et fonce direction Ensenada, rejoindre mon copain. Une nouvelle aventure débute, celle à deux, avec les joies et complications que cela implique. Un nouveau rythme, de nouvelles routines. Une liberté à redéfinir, un apaisement quotidien.
Ajoutons une langue que je ne parle pas, une culture que je ne maîtrise pas et un danger qui semble latent. La divine douceur de la Basse Californie était définitivement nécessaire pour accompagner ce brutal changement.

Ensenada est une petite ville côtière pleine de charme et de poussière. On y croise surfeurs, fish tacos, couchers de soleil rose pastel, piments et chiens. L’air est agréable, je me sens bien, apaisée. Il ne m’en faut pas beaucoup, je décide très rapidement que oui, j’adore la Basse Californie.

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Je me souviens des premières soirées, abritées par des nuits particulièrement sombres et intenses. Dans ces moments, je me tais, je range mon imagination, tente de ne pas m’attarder sur les voitures qui ralentissent et je me persuade que non, se promener la nuit dans une ville mexicaine, ne tient pas du délire. Bien sûr que je suis méfiante ! On m’a décrit tant d’horreurs, bien sûr que j’ai peur ! Bien sûr que je doute, que je surveille mes arrières et que je me fais toute petite. Moi qui avais déjà affronté le Mexique avec mes copines, moi qui avait déjà fait face à la peur, la voici la voilà qui resurgit sous une nouvelle forme. Quelle petite sournoise.

Et puis, les jours passent, je prends mes marques. Je me détends, me laisse promener par la brise marine et le bruit étrange des pélicans. J’observe, je constate et tente de m’imprégner au mieux de l’atmosphère mexicaine. Les premières fois détiennent toujours quelque chose de magique.

Les Mexicains sourient, parfois trop. Ils reluquent aussi. Ça, ça me plaît moins. Etre une femme étrangère au Mexique demande une gestion de la colère toute particulière. J’en parlerai plus longuement. Malgré cela, je me sens bien en leur compagnie ; leur bienveillance est un véritable cadeau et leur joie, communicative. J’aime leur manière de rouler les -r mais j’aime surtout leurs immenses chapeaux de paille, comme si le Mexique était coincé dans un film de gentils cowboys. J’aime aussi leur hospitalité, leur bonté et leur curiosité. Ils sentent bon la chaleur, réconfortante comme un doux repas en famille.

L’ombre du danger qui planait vicieusement s’adoucit.

Les majestueux paysages de la Baja California (ça a quand même plus de gueule en espagnol) complètent ce sentiment. Nous plantons la tente sur les plages vierges, sillonnons les routes désertiques, admirons les vues imprenables sur la mer de Cortés, rythmons les activités en suivant le soleil, planons sur le clapotis des vagues, nous engouffrons dans l’embrasement des chauds crépuscules. Je me sens dans du coton, je ne me souviens pas avoir été si heureuse et épanouie. Je ne sais plus où regarder, comment appréhender cette diversité et cette grandeur qui s’imposent à moi.

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Les rencontres de la route sont incroyables, riches et inspirantes. Nous partageons de longs et amusants chemins avec notre ami Français César et ensemble, refaisons le monde. Scott et Sarah, les cyclistes Australiens nous donnent une leçon de courage et d’humilité. Je n’ai qu’une hâte : les revoir. Nous rêvons devant les éclatantes étoiles en compagnie de l’incroyable et spirituelle Nickie, dégageant tellement d’amour. Nous dégustons des crêpes bretonnes cuisinées par… un breton bien entendu. Nous nous émouvons avec ce tendre couple mexicain, brisés par la perte de leur fils mais passionnées et revitalisés par le voyage.
Et puis il y a Eric aussi. Aussi fou qu’intéressant, passionné et passionnant, ce mexicain de la Paz est Quelqu’un. Il nous a ouvert sa porte, présenté ses amis, donné sa confiance. Il nous a intégré à sa vie comme peu d’êtres humains sont capables de le faire.

Nous finissons par quitter la Basse Californie, traversons la mer sur un ferry pourri et avançons vers le sud. Le Mexique change, chaque région est unique et a tant à offrir. Nous expérimentons le bon, le moins bon, l’authentique. Je prends mes marques, vire mes craintes, ouvre les yeux. Les paysages passent du coq à l’âne, toujours dans la couleur et l’époustouflant. Les Mexicains ne cessent de me surprendre. La nourriture aussi. Beaucoup de villes, beaucoup de nature, beaucoup, beaucoup. Le rythme est un peu trop dense à mon goût, je n’ai pas le temps digérer. Nous réajusterons, nous en avons du temps, justement. Certains endroits sont trop intenses. Je n’ai pas aimé Mexico city par exemple. Tout le monde aime normalement. Mais pas moi. Dans ce bordel vivant, je me suis juste sentie perdue, inconfortable et terriblement angoissée. Le ciel n’est jamais bleu, je me revois soudainement à Shanghai, les chinois en moins. Les mexicains m’apparaissent moins souriants, moins accueillants. Les bâtiments, mêmes ceux décrépis que j’aime habituellement, ne présentent aucune âme. Ou alors, ce sont juste mes yeux qui ne les voient pas, je ne sais pas. Je ne prends même pas de photo. Je ne sais pas pourquoi nous restons, peut-être pour ne pas abandonner, nous convaincre que si, Mexico City est une chouette ville. Mais non, ça ne vient pas et ça ne viendra jamais.

Je tombe en revanche en amour avec Gunajuato, ville de toutes les couleurs, de toutes les lumières. J’aurais pu m’y promener pour toujours, découvrant chaque jour un nouveau visage de ce lieu magique. Je tombe en amour avec Chignuhapan également, ce petit village posé en bas des montagnes. Une place unique, baignée dans une brume mystérieuse. Nos hôtes, Maya et sa maman, se révèlent incroyables et surprenantes. Elles nous cuisinent du Ponche et des pâtisseries traditionnelles mais surtout, nous racontent leurs parcours : c’est quoi comment être une femme au Mexique dans un bled paumé, comment on fait quand on a tout perdu, comment on reconstruit tout, et comment on devient des femmes fortes et complètement indépendantes… Je ne dis rien, me contentant de déguster mon thé brûlant, je suis impressionnée.

Je tombe en amour avec le Mexique en fait. Je ne m’en rends pas vraiment compte mais tout me touche. Son histoire, ses traditions, ses couleurs, sa spiritualité. Quelque chose de spécial, qui ne se décrit pas vraiment, se passe en moi.

Quand je suis à Oaxaca, je marche sur les pas des Mixtèques, au rythme des fabuleuses danses traditionnelles.
Quand je suis à Morelia, je me gave des plats typiques de la région et savoure chaque repas comme s’il était le dernier.
Quand je suis à Guanajuato, je m’émerveille devant la beauté des maisons aux milles couleurs, nichées dans les montagnes arrondies.
Quand je suis à Bahia De Los Angeles, je médite et profite pleinement de la sérénité qui règne sur ce coin de paradis.
Quand je suis à Cholula, je prie devant les centaines d’églises et rêve au pied du majestueux volcan Popocatepetl.

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2 commentaires sur “Petite longue introduction au Mexique

  1. Je me suis laissée bercer par la magnifique ballade que tu nous as proposée qui m’a rappelé de si bons souvenirs. J’ai retrouvé l’ambiance mexicaine, la chaleur de ses habitants, l’odeur de leurs plats délicieusement épicés, et surtout le partage des moments passés en famille. Merci pour cette nouvelle page que nous a offerte dont le doux parfum de nostalgie m’a enivrée le temps de te cette belle lecture ! ❤️

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