Travel in Mexico

Petite longue introduction au Mexique

Comment ne pas parler du Mexique ?
Comment en parler ?

Plus de deux mois que j’ai atterris dans le pays de la moustache et je ne sais toujours pas quand je le quitte, si je le quitte. Le CDI le plus cool du monde, somme toute.

Il ne me restait que très peu de souvenirs de mon premier voyage au Mexique. J’avais 15 ans, j’étais un peu rebelle et un peu contente d’avoir des vacances tous frais payés à l’autre bout du monde. En prime, les parents nous avaient promis, à ma sœur et moi, une baignade avec les dauphins. Je n’en demandais pas plus.
J’ai souvenir de la chaleur écrasante lors de la visite du célèbre site maya Chichen Itza, j’ai souvenir d’une terrible tourista qui m’a fait regretter mon habituelle constipation, j’ai souvenir des gugus de l’hôtel déguisés en Indiens Appalaches Mayas (ou que sais-je, avec des plumes en tout cas), j’ai souvenir des atroces coups de soleil qui me brûlaient la tête le coup le ventre les jambes et les pieds (comment ça je n’ai pas la peau matte ?), j’ai souvenir de l’île aux Femmes et puis voilà.
C’est à peu près tout.
Je partais donc de zéro.

Après un dernier adieu à Los Angeles qui m’offre des lumières sublimes en guise de cadeau de départ, j’emprunte un bus Greyhound (Dieu merci, le dernier. Nostalgie et soulagement) afin de rejoindre la fameuse Tijuana, celle que le gouvernement français classe « zone rouge ». Cet approximatif code couleur signifie qu’il ne faut pas absolument pas y mettre un pied. « Formellement déconseillé » qu’ils disent. Le ton est donné, welcome to Mexico !

Moi, ça ne m’effrayait pas franchement. Faut dire que j’avais eu le droit à un avant-goût des plus agréable. Lors de mon séjour à Los Angeles, nous avons, avec mon amie Avril, suivi Kaytlyn à Tijuana pour une mission humanitaire. Il s’agissait, durant une journée, d’apporter des vêtements à des écoliers puis de rendre visite à des personnes âgées qui, les pauvres, croupissent dans le plus délabré des hospices. A la fin de la journée, épuisées, nous décidons de prolonger le séjour et bookons un hébergement afin de profiter plus longuement des tacos, cerveza et autres réjouissances mexicaines. L’hostel est étrange, les voyageurs encore pire. Mais la ville ne me semble pas hostile, bien au contraire ! Je suis vraiment excitée d’être au Mexique, je prends mes premières photos et capture la couleur, essence même du pays. Les terribles adjectifs qui décrivent habituellement Tijuana se montrent plus tendres que prévus. Les copines sortent même en boîte. Seules. Dans le noir. Alcoolisées. Aucun danger à l’horizon, elles sont formelles. Je ne dis pas qu’il faut être stupide, sortir ivre mort dans la nuit noire et ne pas être conscient du danger présent au Mexique. Mais MON DIEU, c’est fou comme la peur paralyse et ronge ce pays de l’intérieur. Rares sont les personnes qui, lorsque j’évoquais un séjour au Mexique, ne me hurlaient pas à gueule les mots « enlèvement », « drogues », « cartel », « danger », « mort » et de nombreuses autres douceurs. Ces mêmes personnes n’y avaient évidemment jamais mis un pied. Et, je ne le découvrirai que plus tard, mais les Mexicains sont encore plus apeurés.

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Ce week-end à Tijuana était l’introduction idéale, celle qui mettait enfin mes habitudes à rude épreuve, celle qui renforçait mon envie, que dis-je, mon besoin dévorant de découvertes ! Bien que plus dépaysants que prévu, les US et le Canada étaient restés prudents, réconfortants et occidentaux. Le Mexique se dévoilait soudainement comme plus complexe, plus lointain de moi, plus lointain de mes coutumes et profondément ancré dans une histoire aussi mystérieuse que fascinante; celle que mon père aimait tant me conter.

Oh oui, j’avais hâte.

Un passage douanier quelque peu fumeux et deux nouveaux copains mexicains plus tard, me voilà à bon port : Tijuana. La chanson de Manu Chao me fait déjà tourner la tête. Depuis mon week-end avec les filles, j’ai la sensation de connaître un peu la ville alors je n’ai pas peur. Bien que la station de bus, puante de pisse, aux murs moins chaleureux que ceux d’un hôpital glauque, me laisse quelque peu rigide. Je ne m’attarde pas et fonce direction Ensenada, rejoindre mon copain. Une nouvelle aventure débute, celle à deux, avec les joies et complications que cela implique. Un nouveau rythme, de nouvelles routines. Une liberté à redéfinir, un apaisement quotidien.
Ajoutons une langue que je ne parle pas, une culture que je ne maîtrise pas et un danger qui semble latent. La divine douceur de la Basse Californie était définitivement nécessaire pour accompagner ce brutal changement.

Ensenada est une petite ville côtière pleine de charme et de poussière. On y croise surfeurs, fish tacos, couchers de soleil rose pastel, piments et chiens. L’air est agréable, je me sens bien, apaisée. Il ne m’en faut pas beaucoup, je décide très rapidement que oui, j’adore la Basse Californie. Mais je vais la jouer honnête : je ne connaissais rien de la Basse Californie. Même pas son existence. Une région reculée des Etats-Unis ? Une île méconnue ? De par son nom plutôt explicite, il était aisé d’émettre quelques hypothèses. Alors, nous sommes bien au sud de la Californie mais les Etats-Unis, encore proches, semblent soudainement à des années lumières.

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Et pourtant, comme cette merveilleuse région gagne à être connue !

Je me souviens de mes premières soirées, abritées par des nuits particulièrement sombres et intenses qui laissaient deviner de faibles lumières suspectes. Dans ces moments, je me tais, je range mon imagination, tente de ne pas m’attarder sur les voitures qui ralentissent et me persuade que non, se promener la nuit dans une ville mexicaine, ne tient pas du délire. Bien sûr que je suis méfiante ! On m’a décrit tant d’horreurs, bien sûr que j’ai peur ! Bien sûr que je doute, que je surveille mes arrières et que je me fais toute petite. Moi qui avais déjà affronté le Mexique avec mes copines, moi qui avait déjà fait face à la peur, la voici la voilà qui resurgit sous une nouvelle forme. Quelle petite sournoise.

Et puis, les jours passent, prenant toujours la même forme et enveloppant la ville d’une énergie délectable. Moi, de mon côté, je me détends, me laisse promener par la brise marine et le bruit étrange des pélicans. J’observe, je constate et tente de m’imprégner au mieux de l’atmosphère mexicaine. Les premières fois détiennent toujours quelque chose de magique.

Les Mexicains sourient, parfois trop. Ils reluquent aussi. Ça, ça ne me plaît pas. Etre une femme étrangère au Mexique demande une gestion de la colère toute particulière. J’en parlerai plus longuement. Malgré cela, je me sens bien en leur compagnie ; leur bienveillance est un véritable cadeau et leur joie, communicative. J’aime leur manière de rouler leurs verbes, de porter leurs grands chapeaux de paille, comme si le Mexique était coincé dans un film de gentils cowboys. J’aime aussi leur hospitalité, leur bonté et leur curiosité. Ils sentent bon la chaleur, réconfortante comme un doux repas en famille.

L’ombre du danger qui planait vicieusement s’adoucit.

Les majestueux paysages de la Baja California (ça a quand même plus de gueule en espagnol) complètent ce sentiment. Nous plantons la tente sur des plages vierges de tout tourment, sillonnons les routes désertiques, admirons les vues imprenables sur la mer de Cortés, rythmons les activités en suivant le soleil, planons sur le clapotis des vagues, nous engouffrons dans l’embrasement des chauds crépuscules. Je me sens dans du coton, je ne me souviens pas avoir été si heureuse, si complète et épanouie. Je ne sais plus où regarder, comment appréhender cette diversité et cette grandeur qui s’imposent à moi.

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Les rencontres de la route sont incroyables, riches et inspirantes. Nous partageons de longs et amusants chemins avec notre ami Français César et ensemble, refaisons le monde. Scott et Sarah, les cyclistes Australiens nous donnent une leçon de courage et d’humilité. Je n’ai qu’une hâte : les revoir. Nous rêvons devant les éclatantes étoiles en compagnie de l’incroyable et spirituelle Nickie, dégageant tellement d’amour. Nous dégustons des crêpes bretonnes cuisinées par… un breton bien entendu (la nourriture française, je t’aime et tu me manques très fort). Nous nous émouvons avec ce tendre couple mexicain, brisés par la perte de leur fils, passionnées et revitalisés par le voyage.
Et comment ne pas mentionner Eric ? Aussi fou qu’intéressant, passionné et passionnant, ce mexicain de la Paz est Quelqu’un. Il nous a ouvert sa porte, présenté ses amis, donné sa confiance. Il nous a intégré à sa vie comme peu d’êtres humains sont capables de le faire.

Je m’arrête là autrement je peux d’ores et déjà remplacer mon titre « longue introduction au Mexique ».
Où est passé le danger ? Je réalise soudain que je l’ai complètement oublié, il a disparu de l’équation. L’insécurité tant décriée, je ne l’ai jamais ressentie.

D’accord, je mens un peu. A Guanajuato, la ville que j’ai préférée au Mexique tant elle est merveilleuse de beauté, j’ai flippé. Une seule fois. J’ai voulu m’aventurer dans les petites ruelles qui grimpent et dans lesquelles les joyeuses mamies déambulent avec grâce. Mais j’avais oublié qu’au Mexique, les quartiers du haut sont généralement les plus pauvres et comme chacun sait, pauvreté fonctionne souvent avec violence. J’arrive au bout d’une ruelle, toute guillerette, appareil autour du cou, portable à la main. Coucou, qui veut mon argent ? Je n’ai pas eu le temps de comprendre, je me suis retournée et me suis retrouvée nez à nez avec ce mec épouvantable (je pèse mes mots) en train de sniffer je-ne-sais-quoi. J’ai rapidement compris que je n’avais rien à foutre là ; je n’avais pas reçu un regard aussi vénéneux depuis très longtemps. Un adorable papy qui a compris notre malaise nous a sauvé la mise en discutant avec nous, pendant que des mecs, tous flippants, apparaissaient comme par magie et nous attendaient au coin d’une impasse.
Nous avons, grâce à notre petit vieux, pu prendre nos jambes (enfin, ce qu’il en restait…) à notre coup et filer à toute allure.
Voilà, en plus de deux mois, ces quelques minutes ont été les seules et uniques qui furent stressantes.

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Même à Mexico City, je me suis sentie à mon aise, en confiance. Pourtant, deux semaines auparavant, à Guadalajara, un mexicain m’avait fait promettre de redoubler de vigilance dans la capitale du DANGER. Il m’expliquait que de vilains mexicains arpentaient les rues en scooter pour glisser subtilement un gun sur la tempe des touristes et les dépouillaient ainsi de leurs biens les plus précieux. Gloups. Et cet homme qui m’alerte, ça n’est qu’un exemple parmi milles autres.

Je ne comprends pas, je suis perplexe. Les mexicains semblent encore plus effrayés, que dis-je : terrorisés des violences qui font trembler la nation. Encore une fois, je n’affirme pas qu’elles n’existent pas et qu’elles sont le fruit d’une folie passagère. Non, c’est juste que cela me rend triste et amère. J’aime ce pays d’amour et je refuse qu’il soit constamment assimilé à la violence, à la drogue, à la peur, aux enlèvements et autres réjouissances. Il est tellement plus, tellement mieux.

Je refuse que la peur règne en maîtresse absolue, insufflant à la beauté du pays un vent d’étouffement absolument injustifié, injustifiable.

Cela étant dit, je n’ai pas aimé Mexico city pour autant. J’avais été bien avertie et quelques mots me faisaient tout de même hésiter quant à une éventuelle visite : 30 millions d’habitants / la ville la plus polluée du monde / vols, dangers, enlèvements / irrespirable / trafic et d’autres choses joyeuses. Cependant, l’on m’avait aussi vanté son bouillon culturel, ses jolies façades, ses couleurs, son âge, ses traditions et sa modernité. Alors, le temps n’étant pas un souci, pourquoi pas après tout.

Mais moi, en explorant ce bordel vivant, je me suis juste sentie perdue, inconfortable et terriblement angoissée. Le ciel n’est jamais bleu, je me revois soudainement à Shanghai, les chinois en moins. Les mexicains m’apparaissent moins souriants, moins accueillants. Les bâtiments, mêmes ceux d’antan, ne présentent aucun cachet, aucune allure ni âme. Ou alors, ce sont juste mes yeux qui ne les voient pas, je ne sais pas. Je ne prends même pas de photo, je n’en ai pas envie. Je ne sais pas pourquoi nous restons, peut-être pour ne pas abandonner, nous convaincre que si, Mexico City est une chouette ville. Mais non, ça ne vient pas et ça ne viendra jamais.

Deux choses que j’ai néanmoins adorées, qui m’ont données une bonne raison de pleurer et de m’émerveiller :

– La première, l’exposition de Graciela Iturbide. Une photographe mexicaine dont les images m’ont fait l’effet d’une énorme gifle bien épicée. Mon Dieu, ce qu’elle capture… D’une intensité rare. Du noir et blanc bien sûr, des images du Mexique dans les années 80, des images du Mexique aujourd’hui, des visages adoucis par le temps, d’autres marqués et affaiblis, des regards profonds et émouvants, du sable, des feuilles et du vent comme si je pouvais les sentir m’effleurer. J’ai fait un bond dans le passé, dans le présent et le futur et que c’était doux.

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(©) Graciela Iturbide
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(©) Graciela Iturbide

– La deuxième, le musée Anthropologique évidemment. Je ne vous fais pas la description du mastodonte mais juste WAHOU. Le tout est incroyablement complexe, complet, captivant, grandiose, beau et envoûtant. Comme l’histoire du Mexique est passionnante ! Je comprends mieux mon père qui s’émerveillait et rêvait devant les pyramides de Chichen Itza (pendant que moi, je rêvais de plonger dans la piscine).

Ah ça, concernant la question du bouillonnement culturel, on ne m’avait en effet pas menti. Mais si l’on ouvre l’oeil attentivement, il n’est pas concentré à Mexico City. Non, il est partout, tout le temps, parce que le Mexique est tellement riche ! Je ne pensais pas être confrontée à un tel patrimoine, qu’il soit intellectuel, traditionnel, culinaire, religieux, spirituel ou encore historique.
Quand je suis à Oaxaca, je marche sur les pas des Mixtèques, au rythme des fabuleuses danses traditionnelles.
Quand je suis à Morelia, je me gave des plats typiques de la région et savoure chaque repas comme s’il était le dernier.
Quand je suis à Guanajuato, je m’émerveille devant la beauté des maisons aux milles couleurs, nichées dans les montagnes arrondies.
Quand je suis à Bahia De Los Angeles, je médite et profite pleinement de la sérénité qui règne sur ce coin de paradis.
Quand je suis à Cholula, je prie devant les centaines d’églises et rêve au pied du majestueux volcan Popocatepetl.

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dscf7176Bien entendu, les nombreux Couchsurfing sont également un moyen merveilleux d’être directement plongés dans la vie mexicaine, la vraie, de parler espagnol (hum) et d’échanger sur nos si éloignées manières de vivre.
Je pense, entre autres, à notre passage chez Maya et sa maman, à Chignahuapan, petit village perdu en bas des vertes montagnes. Leur accueil était incroyable, tout comme leur Ponche (boisson mexicaine, cuisinée à Noël) et leurs pâtisseries que mes papilles n’oublieront jamais. Je les revois encore, nous retracer les légendes mayas, nous raconter leurs parcours, comment elles ont fait face aux tourments de la vie, comment elles en sont arrivées à devenir complètement indépendantes… le tout, autour d’un délicieux thé brûlant.

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Maya et sa maman ❤
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Chignuhapan, lagune de mon coeur

Alors, voilà, moi le Mexique, j’en suis amoureuse. Mais, vous savez, pas le genre d’amour simple et évident. Non, plutôt le genre d’amour intense, passionné, grand, compliqué parfois même frôlant la haine.

Je voudrais encore vous parler de la nourriture, du boulot que je viens de commencer, de la couleur des rues, de la religion omniprésente, de la beauté des mexicains, des palmiers, de la diversité fascinante des paysages, des sublimes plages, du moment génial passé avec ma famille adorée, des juteux fruits, du bruit qui ne fuit jamais, des monuments, de la musique entêtante, de la manière dont La Femme est perçue et intégrée, de l’écologie ou la non existence de cette dernière, de ce que le Mexique a changé dans ma vie, du voyage à deux, de celui solo, des rencontres, de l’auto stop… Je voudrais vous raconter en détails les leçons de vie que j’ai tirées de mes incroyables rencontres, de la rue. Je vous dire à quel point le Mexique est beau, grand, diversifié, chaleureux et terriblement accueillant.

Mais il faudrait alors songer à la création d’un ouvrage. On verra ça plus tard hein.

Je vous quitte donc avec ces quelques photos que j’aime, qui raconte le Mexique comme je l’ai vécu, comme je le vis, comme je le vois.

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2 réponses sur « Petite longue introduction au Mexique »

  1. Je me suis laissée bercer par la magnifique ballade que tu nous as proposée qui m’a rappelé de si bons souvenirs. J’ai retrouvé l’ambiance mexicaine, la chaleur de ses habitants, l’odeur de leurs plats délicieusement épicés, et surtout le partage des moments passés en famille. Merci pour cette nouvelle page que nous a offerte dont le doux parfum de nostalgie m’a enivrée le temps de te cette belle lecture ! ❤️

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