Le Yin et le Yang à Hawaii

J’ai pris l’habitude de dresser un petit tableau du lieu depuis lequel j’écris. Voici donc la carte postale : les pélicans plongent tête la première dans l’eau cristalline, les mouettes gueulent, les hérons se promènent tels de tranquilles retraités, les vagues jouent avec les coquillages aux reliefs improbables, le soleil chatouille les si belles montagnes, les Urubu à tête rouge planent et guettent un éventuel cadavre abandonné et le vent laisse des trainées de nuages qui promettent un coucher de soleil saisissant.
Moi perso, j’ai les pieds dans le sable et je me sens incroyablement sereine, reposée et heureuse. Bon, pour être complètement honnête, j’ai chopé un petit truc sous l’orteil et comme je suis complètement hypocondriaque et que j’ai regardé sur Doctissimo, je pense que je vais mourir cette nuit (dans d’atroces souffrances d’après Michelle69). Ceci sera donc probablement mon dernier article.
Le tout se joue à Bahia de Los Angeles, en Basse Californie. Et comme beaucoup ne le savent pas, la Basse Californie se trouve au Mexique, ce pays merveilleux où les tacos et ceviche n’ont de cesse de ravir mes papilles.
Je cherche un mot mieux que paradis mais il n’y en a pas.

Je suis partie à Hawaii sur un coup de tête. Pourquoi Hawaii ? Je n’en sais foutre rien et franchement, est-ce que toute décision doit vraiment être réfléchie ?
En tout cas, je dois avouer que prendre des billets d’avion la veille pour le lendemain, ça donne quelque chose d’assez exaltant. Je me sentais un peu nulle de trahir mon unique promesse, celle de ne prendre qu’un seul avion durant ce long voyage, mais j’ai décidé de suivre mon instinct et d’aller chercher mon équilibre dans cet archipel perdu au milieu du Pacifique.
Je prends un aller simple (ça devient une habitude) direction Hilo, ville située à l’Est d’Hawaii (qu’on appelle plus communément Big Island. Parce que c’est la plus grande des îles. Pas con). Je réserve l’hostel le moins cher mais qui est quand même cher. Hostel qui semble d’ailleurs un peu loin de tout, puisque niché au pieds des volcans, mais je ne m’inquiète pas, je trouverai bien un moyen d’y accéder.

Dans l’avion, le ton est donné : tatouages polynésiens, colliers de fleurs et chemises hawaiiennes. OK, ça ne rigole plus, les mecs ont se sont lâchés ! Je cherche mon siège et je remarque qu’un connard a pris ma place près du hublot. Et moi, j’adore être près du hublot. Ça m’énerve mais comme je suis sympa (ou plutôt que je n’ai pas le courage de l’engueuler), je ne dis rien et résignée, m’assois côté couloir. Devant moi, je remarque que la poche qui contient normalement le sachet du vomi, est légèrement bombée : un livre y a été vraisemblablement oublié. Coup de bol, ce dernier est plein d’annotations. Je sens l’excitation qui monte ; je me sens telle une archéologue qui découvre une nouveau dinosaure jusqu’alors inconnu.
Le bouquin est d’Eckhart, celui qui a également écrit le best-seller « le pouvoir du moment présent ». A l’instar de ce dernier, le contenu semble traiter de bien-être, de méditation, de gratification, de connaissance de soi, d’amour et tout le tintouin. Il en est de même pour les gribouillis glissés entre les pages.
Moi qui m’intéresse sérieusement à ces conneries, je vois ça comme un signe. Quelques minutes plus tard, mon voisin me tapote l’épaule et me demande si je n’ai pas vu un livre. Et merde, le signe s’envole. J’hésite sérieusement à lui rendre, n’oublions pas qu’il a piqué ma place (pour ensuite fermer le rideau sans ma permission. Saligaud). Mais comme je suis sympa (ou plutôt que je n’ai pas le courage de dire non), je ne dis rien et résignée, lui rends son livre. Intriguée, je m’attarde sur le personnage : cheveux longs frisés et blonds, visage juvénile, look improbable (et surtout, indéfinissable), attitude nerveuse, presque apeurée. Régulièrement, il jette des regards furtifs en ma direction. Un peu avant l’atterrissage, je sens les regards s’intensifier. Je suis quasi certaine qu’il a envie d’engager la conversation. Je ne me trompe pas, il finit par m’adresser la parole, il me pose une question à la con, je ne sais plus quoi. On se présente, on se serre les mains et on se raconte un peu nos vies. J’en viens rapidement à lui expliquer le pourquoi du comment du bordel qui fait que je suis dans cet avion. Il me demande où j’ai prévu de dormir et quand je lui explique que je suis grave à l’arrache dans mes plans et que j’ai booké un hostel un peu moisi au fin fond de la pampa, il se marre et m’informe qu’il n’y a pas de Uber sur l’île et qu’un taxi me coûtera dans les 80 dollars. Moi, ça ne me fait pas marrer. Je lui demande s’il n’y a pas d’autres solutions moins chères parce que bon, 80 balles, c’est mon budget pour 3 jours. Il me dit qu’il pourrait demander à un de ses amis de me conduire mais… je le sens hésitant. Moi, en quelques minutes, je mise tous mes espoirs sur lui : pas de doutes, Tristan sera mon sauveur. Mon instinct ne me trompe pas puisqu’il finit par carrément me proposer de dormir chez lui. Je saute de joie !

Hilo in Hawaii

Tristan. Putain, Tristan.

J’ai réécrit 3 fois le paragraphe à son sujet et je n’arrive toujours pas à quelque chose de satisfaisant, quelque chose qui puisse réellement décrire avec justesse cet homme qui n’en est pas encore un. Peut-être parce que c’est l’une des personnes les plus complexes que j’ai rencontrée.

Il faut dire que j’ai surgi dans sa vie à un moment particulièrement douloureux : Tristan vient de perdre sa mère, emportée par cette saloperie de cancer. Moi, petite princesse chanceuse, j’étais dans cet avion pour me changer les idées, y voir plus clair dans un épisode de ma vie franchement pas dramatique. Lui, il venait d’enterrer sa mère en Oregon, là où il a grandi et rentrait à Hawaii, cette île sur laquelle il a décidé d’étudier et travailler. Je n’ai jamais compris pourquoi il n’était pas resté avec sa famille mais je sais de source sûre qu’on réagit tous différemment face à la souffrance. Toujours est-il que son hospitalité prend une dimension assez incroyable et pleine d’humanité. Je suis profondément touchée et émue.

-Pour la petite anecdote, il n’était pas censé être dans l’avion du 23 Octobre. Son billet était booké pour le 22 mais un bus Greyhound a eu du retard (tiens, étonnant) et il a raté son vol. Alors ça les gars, cette fois-ci, c’est bel et bien signe ! Greyhound m’aura pour une fois rendu service-

Tristan est étudiant à Hawaii depuis maintenant plus d’un an et loue donc une petite piaule qui schlingue la serviette mouillée dans une résidence pleine de charme et anormalement calme. Je passe la première nuit chez lui, dans son lit. Je n’ai pas peur, je me sens en totale confiance. On se regarde et on se dit que ce qui est en train de se passer est complètement fou : comment arrive-t-on à ce degré d’intimité alors qu’on ne se connaissait pas 5 heures auparavant, comment et pourquoi se donne-t-on cette soudaine confiance ? Je trouve ça assez magique. Je m’endors en quelques secondes, déboussolée et rassurée.

Nous passons du temps ensemble mais je n’arrive pas à le cerner. Il est parfois calme, débordant d’amour envers moi et parfois si renfermé et agressif. Il passe beaucoup de temps enfermé dans sa chambre ou suspendu au téléphone avec tout un tas de gens que je n’arrive pas à identifier. Il semble désinvolte, heureux, triste à en mourir, content que je sois dans les parages, perdu, désespéré, seul et serein. Je suis perdue. Et comment pourrais-je lui en vouloir ? Je ne peux pas comprendre ce qu’il traverse, je ne peux pas le comprendre.
Il me raconte ses relations avec les filles, ses relations avec les gens. Il me parle de sa jeunesse, de son présent, de son futur. Il me pose beaucoup de questions et je vois bien que ce que je fais, ce que je vis, le dépasse complètement. Nous sommes le jour et la nuit et pourtant, il y a comme un lien entre nous, un truc taré qui fait qu’on en est là.
J’ai la sensation d’avoir devant moi, un gamin qui n’a ni l’envie ni les armes pour affronter ce terrible et intimidant monde d’adultes, mais qui y a été propulsé sans son accord.

Et puis, Tristan me déboussole vraiment. Il semble être ce mec intelligent avec qui tu peux avoir des discussions animées, passionnées et passionnantes mais il est également un pur produit américain, le stéréotype des films : il ne connaît rien, absolument rien du monde, hormis les Etats-Unis de l’Amérique. Il ne sait pas qui est Baudelaire, ni Charles de Gaulle, ni Van Gogh, ni Pelé, ni Daft Punk… ni personne en fait. Il pense que le Québec est en Europe, il n’est pas capable de citer un autre président en pouvoirs que Trump et n’a jamais entendu parler du Monténégro. J’ai oublié de lui demander s’il avait déjà entendu parler d’Hitler, shit.
Je suis à la fois subjuguée et choquée. Il me confirme ce que je sais déjà concernant l’éducation américaine mais je suis vraiment perturbée car je sens bien qu’il n’en a strictement rien à foutre de savoir ce qu’il se passe ailleurs dans le monde. Je ne sais pas si cela vient de lui, sa personnalité ou de la manière dont les Etats-Unis éduquent leurs citoyens mais cela m’amène à de grands questionnements.

Malgré tout, nous passerons des moments géniaux. Comme cette merveilleuse journée dont je me souviendrai toujours. Je loue une voiture, je profite de son furtif enthousiasme pour l’embarquer avec moi on s’en va rider les alentours. On conduit comme des ados, on chante à tue-tête, on s’extasie devant la Green Sand Beach et on se taquine, comme le feraient des amis de longue date. Ce jour-là, il ne cesse de me remercier et répète que notre rencontre n’est pas le fruit du hasard. Il rit et j’ai l’impression, pour quelques heures, d’avoir apaisé sa douleur. Depuis le début de mon voyage, on me donne tellement ; je suis contente de pouvoir offrir à mon tour.
Je me souviens avoir pensé qu’on était cons et qu’on ne profitait jamais assez de ce qui semblait éternel.

Un jour, je m’échappe de l’intensité de Tristan pour découvrir la ville seule. Je tombe amoureuse des petites maisons qui fleurissent à tous les coins de rues. Elles me rappellent étrangement celles qui habillaient la si jolie route de la Gaspésie, au Canada. Je me sens soudainement nostalgique et je réalise que le temps s’envole à toute allure.
Le ciel menace mais les couleurs sont folles et la verdure, tellement intense. Il y a des lianes, il y a des fleurs exotiques, celles qu’on ne voit que dans les dessins animés, il y a des oiseaux aux milles couleurs, il y a la mer, il y a cette petite île qu’on appelle Coconut Island, il y a ces cascades … c’est la jungle, pas de doutes. C’est magique.
Les locaux ont le smile, l’ambiance est détendue… Que j’aime les îles ! Et celle-ci possède une vibe particulièrement intense. Je le ressens si fort.
Je suis malgré tout surprise du nombre de SDF. On me dit qu’il y a beaucoup de drogués sur l’île et qu’Hilo est la plus pauvre de toutes les villes de l’archipel. Cela apporte une note vraiment triste au paysage.

Que faire à HawaiiHawaii lifeHawaii lifeBig Island Hawaii

Hilo in Hawaii

J’aime passer du temps dans la grande maison. J’écris, je lis, je me repose.
Mon lit, c’est désormais le canapé.
Tristan a pourtant insisté pour que je reste dans sa chambre mais je me sens mieux sur le canap. J’ai failli avoir une chambre à moi cela dit. Chen, qui « gère » la résidence (en vrai, je pense qu’il intercepte juste la tune sans rien dire au proprio) m’a proposé une chambre pour 30 dollars la nuit. 30 dollars pour une chambre vide, sans eau ni électricité, faut pas pousser. J’ai négocié le truc à 10 dollars la nuit. Chen, cette personne sans expressions ni sourire, a accepté sans sourciller. Mais quand, par chance, j’ai découvert que l’unique meuble de la chambre, à savoir le lit, était infesté de puces, j’ai regagné mon canapé avec joie. Chen n’y a rien à trouver à redire et m’a clairement laissé squatter le sofa.

Voilà, je devais rester 2/3 jours max et finalement, 8 jours plus tard, je n’ai pas bougé. Il faut dire que je me sens bien là-bas, je suis un peu comme chez moi. On me fout la paix, tout le monde est adorable et Nathalie me laisse prendre des douches dans sa chambre.
Ha oui, j’ai oublié de vous parler de Nathalie.
Alors, Nathalie.
Nathalie, comment vous dire, c’est la douceur. La vraie douceur, celle en coton, en soie, celle qui protège et rassure.
Elle est née au Zimbabwe, a grandi à Dallas et a désormais élu domicile à Hawaii. Elle aussi étudie, son passage sur la Big Island est donc temporaire. Elle insiste là-dessus; je pense qu’elle s’ennuie.
Nathalie, c’est une petite princesse, un bijou qu’on ne voudrait jamais abîmer, jamais peiner, jamais blesser. Ce genre de personne qui sent toujours bon, qui est toujours bien habillée même en pyjama, qui a toujours la peau parfaite et les cheveux bien faits.
Je pouvais rester des heures à juste la regarder lire ou écrire, je me sentais instantanément apaisée.
Nathalie, c’était aussi ma petite maman. Quand je ne rentrais pas avant la tombée de la nuit, elle sommait Tristan de m’envoyer 500 messages pour vérifier que tout allait bien, que j’étais en vie, que je n’avais besoin de rien.
Elle s’empressait toujours de savoir si j’avais déjeuné, mangé. Si ça n’était pas le cas, je pouvais protester, rien n’y faisait : je devais dîner avec elle. C’est ainsi que j’ai partagé le meilleur dîner de ma vie avec elle et son boyfriend Anthony venu lui rendre visite. Ils sont trop mignons tous les deux, ils n’arrêtent pas de se poiler.
Je craque.
Je l’entends encore me dire « was your shower good ? Did you take your time and enjoy my dear ? ». Elle s’inquiétait constamment pour moi, quelque soit la raison. C’était si bon de l’avoir près de moi. La quiétude.
On devrait tous avoir une Nathalie dans notre vie ❤

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Un matin, je me lève avec la soudaine envie d’aller rendre visite aux volcans. J’en ai beaucoup entendu parlé, je sais qu’ils sont beaux, que l’un d’entre eux est entré en éruption il y a quelques mois et par conséquent, la lave qui était autrefois visible et en faisait l’attraction majeure, a désormais été engloutie par les océans.

Ce que je n’ai pas trop réalisé en mettant les pieds sur Big Island, c’est que, comme son nom l’indique : l’île est grande. Et sans voiture, c’est un peu galère. Argh, pas de doutes, je suis toujours aux Etats-Unis. Pas grave, je trouverai bien une solution. Après moultes recherches, je découvre qu’un petit bus fait le tour de l’île pour la modique somme de 2 dollars. Bon, le bus en question a été pensé pour les locaux et s’arrête donc principalement dans les bleds paumés. Mais coup de chance, je constate qu’il est censé faire un stop près du volcan principal : le Mauna Kea. Nathalie rit quand elle apprend que j’entreprends ma petite mission en bus : même elle, qui vit là depuis 2 ans, n’a jamais entendu parler d’un quelconque bus.

Je me rends donc à l’arrêt sans grande conviction, prête à enclencher mon plan B : lever le pouce. Au terminus, je discute avec un local qui est prof de surf (original) et me propose, quand il aura récupéré sa voiture, de m’emmener découvrir les plages secrètes d’Hawaii. Parfait, j’activerai ce bonus plus tard mais ici, il semble judicieux de se garder un petit driver sous le coude.
Finalement, nul besoin du plan B : un bus, certes en retard, se pointe. Il est complètement vide, ce qui semble plaire au chauffeur, qui me lance en explosant de rire « well, it looks we’re full ! ». Un passager finit par grimper au bout de 20 minutes de trajet. Je ne sais pas si c’est un touriste mais il a le look du randonneur en tout cas. En arrivant à l’entrée du parc national, je réalise qu’il faut payer 20 dollars. Mais ma chance, qui ne me quitte décidément pas, refait surface puisque le fameux randonneur est en fait un habitué des lieux et possède la carte annuelle des parcs américains : il me propose gentiment de passer avec lui. Mais carrément Bryan (c’est son nom), merci pour tout !

J’arrive au guichet d’informations, première surprise : il n’y a pas foule. Tant mieux, je déteste les hordes de touristes souvent munis de cet atroce selfiestick. La deuxième surprise est un peu moins satisfaisante : pour visiter le parc, il faut impérativement une voiture. Moi qui comptais sur mes fidèles grandes pattes, c’est raté. Je peux, au mieux, faire le tour du cratère, ce qui ne me convient que moyennement. J’insiste quand même auprès du garde en lui demandant s’il n’existe pas une petite alternative des familles qui me permettrait d’en voir un maximum sans voiture. Et là, bim bam boum, qui vois-je ? Ma chance ! Encore elle ! Une adorable jeune femme de mon âge me propose de monter dans sa voiture. Elle est argentine et voyage avec sa maman. Je passerai donc la journée avec ces deux femmes (Maria, la fille et Sylvia, la maman) d’une douceur inégalable. Leur présence me fait un bien fou, et même si l’on ne parle pas la même langue, il y a cette bienveillance qui plane et rassérène. Pourtant, j’ai peur de gêner. Elles avaient peut-être envie d’être juste toutes les deux ? Je me rassure ; je sens qu’on est bien toutes les trois. Sylvia tente de me raconter, dans un espaglish approximatif, que son père était moitié italien, moitié espagnol, qu’il a passé beaucoup de temps en France et qu’il adorait le vin (normal). Cette information qui semble pourtant peu signifiante me fait craquer et je fonds quand elle s’essaye à une phrase complète en française. Elles me donnent ensuite des petits cours d’espagnol en vue de mon voyage vers le sud ; j’oublierai tout évidemment. Nous marchons et conduisons à travers les volcans et bien que je ne trouve pas ces derniers particulièrement impressionnants ou beaux, la route qui nous emmène au pied du pacifique me donne envie de pleurer. Un mélange d’Ecosse même si je n’y suis jamais allée, de Finistère même si je n’y suis jamais allée et d’Islande même si je n’y jamais allée. C’est tout simplement majestueux. Je ne prends même pas de photo car je sais qu’aucun appareil ne serait capable de capturer correctement ce que j’ai devant les yeux. Je profite juste de l’instant présent, des sourires de mes deux nouvelles amies et de la beauté qui m’entoure.

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Volcan hawaii

Un soir, j’ai envie de sortir mais Tristan est enfermé dans sa chambre, Nathalie étudie et Chen… Bon, c’est Chen quoi. L’homme sans sourire.
Je décide donc de tester l’option « Hang Out » du Couchsurfing. La seule personne connectée vient immédiatement me parler. Il s’appelle Ashich. Seriously ? Ok, ça commence bien. Très rapidement, il me propose de venir me chercher et d’aller boire une bière chez lui autour d’un feu qu’il aura préparé, tout en admirant la lune qui est particulièrement brillante ce soir-là. Le programme semble tentant mais je suis soudain prise d’une flemme aigüe. Je décline mais je le motive pour une petite exploration du nord de l’île le lendemain. Faut dire, il semble bien connaître les lieux et puis… il a une voiture. Je ne veux pas faire la meuf vénale mais un peu quand même. Il accepte ma proposition ; le rendez-vous est fixé : devant « ma » porte, 6 heures du matin. Je fais un peu la gueule quand il m’annonce l’heure mais je suis aventurière n’est-ce pas. Le réveil pique mais le lever de soleil est magnifique, je ne regrette pas. Nous arrivons chez lui, il habite sur les hauteurs, au nord d’Hilo, dans une espèce de ferme qui donne directement sur l’océan. La vue est sublime.
Moi aussi je veux vivre dans un paradis.

Il se présente, me présente son monde. Il allume un pétard que nous partageons. Comme quoi, il n’y a pas de fumée sans feu. Je nourris les bébés chèvres (non, vous ne rêvez pas, j’ai bien écrit cette phrase), je joue avec les chiens (vous ne rêvez toujours pas) et j’en apprends plus sur celui qui répondait au doux nom d’Ashish. Il a grandi en Inde et s’est installé à Hawaii il y a plus de 5 ans avec son ex copine… Une française ! Il a acheté une maison et vit la belle vie. C’est ce qu’il me dit en tout cas. Il me raconte l’histoire de l’île et a tout un tas d’anecdotes plus passionnantes les unes que les autres. De plus, il est très impliqué dans la communauté Couchsurfing, il a donc rencontré beaucoup de voyageurs du monde entier ; ça alimente son carnet d’histoires folles.

Selon lui, Hawaii recèle quelque chose de magique, quelque chose de presque surnaturel. Les visiteurs, en arrivant sur Big Island, abandonnent leurs peurs et angoisses pour ne profiter que de la nature sauvage qu’offre Hawaii. L’île est ainsi envahie d’ondes positives. De plus, étant divisée par deux volcans (le Mauna Kea et le Mauna Lea), elle permet de refléter le célèbre et complexe couple du Yin et Yang.
Enfin, ça, c’est toujours selon Ashish qui a déjà allumé son 5ème pétard. Il est 8h.
Mais je dois bien reconnaître que moi aussi, je la ressens cette si particulière énergie.

Nous finissons par grimper dans la voiture à la découverte du nord. Ashish joue au guide et c’est parfait. Il m’emmène dans des parties de l’île sublimes… Mon dieu que c’est beau ! Il connaît chaque recoin, chaque ruisseau, chaque cascade, chaque arbre, chaque fruit. Je ne me lasse pas de la végétation qui change sans cesse, évolue, toujours grandiose. Les plages nouvelles, créées par la dernière éruption du Mauna Kea, sont édifiantes. La vallée Waipio me donne les larmes aux yeux et pour couronner le tout, je mange le meilleur fish burger de ma vie.
Il roule comme un fou mais bizarrement, je me sens en sécurité.

Comme beaucoup d’indiens (me dit-il), Ashish est très spirituel. Il décide de lire les lignes de ma main. Je suis à la fois tellement réceptive et tellement réticente à ce genre d’exercice. Alors, que disent mes lignes ? Que je n’aurai jamais aucun problème à prendre de décisions, que mon instinct est singulièrement aiguisé et que je ne m’entourerai que de personnes qui partagent mes passions.
Hum, je suis sceptique mais j’avoue tout, ça me fait réfléchir.
Il enchaîne sur un massage que je stoppe rapidement, le sentant quelque peu entreprenant. Arf, ça me met toujours super mal à l’aise ce genre de moments. Est-ce que finalement, toute cette histoire de guide et de mec sympa, c’était pour me toucher les fesses ?
Il ne tente rien de plus et nous finissons la journée à base de bières. Il est définitivement un mec passionnant, incroyablement ouvert et éveillé mais vous savez, il a aussi ce petit darkside que personne ne parvient réellement à cacher.
On se quitte on se promettant qu’on se reverra avant mon départ. Ce qu’on ne fera pas.

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Waterfall Big Island Hawaii

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Mon ami à HawaiiQue faire à HawaiiWaipio vallée Hawaii

Ma dernière journée, je la passe avec une française : Alice. Elle aussi je l’ai rencontrée sur Couchsurfing. Nous parlons toute la journée sans aucun arrêt, presque aucune respiration. C’est trop bon de déballer du français.
Alice m’impressionne car elle n’a que 23 ans et a décidé de partir seule à Hawaii pour 3 semaines. Juste parce que c’était un rêve. Elle est incroyablement débrouillarde, elle fait confiance aux gens du coin, se retrouve parfois à dormir sur un lit immonde qui pue le clébard, finit sur des plages nudistes de hippies et dort dans les voitures.
Elle a tout prévu et en même temps, elle voyage à la cool en prenant le temps et en vivant « local ». J’adore. Sous ses petits airs de française futile se cache une véritable aventurière.

Nous débarquons à Kona, située à l’est de l’île. Nous flânons sur une petite plage paradisiaque, bien qu’en bord de route. Les vagues font peur, l’eau est turquoise et le soleil brûle. C’est délicieux.
A peine arrivées, un californien typique (bronzage x cheveux blonds x cheveux longs x surfeur) vient à notre rescousse : la plage est dangereuse, on ne peut pas entrer dans l’eau n’importe comment. Il nous indique la marche à suivre.
On sympathise rapidement avec lui et on raconte nos histoires respectives. On vient à parler du couchsurfing, du pourquoi et du comment de ce génial site. Lui, il n’héberge pas, mais il n’est pas contre, tant qu’il rencontre les gens en vrai et qu’il se sent en confiance. Bon, ça tombe bien, Alice est en galère de logement. Elle hésite mais finit par lui demande si y’a moyen que… Il accepte avec le gros smile ! Of course lui dit-il… On est à Hawaii ici, c’est le paradis !

La boucle est bouclée. Hospitalité, générosité, confiance, chill & amour.

Ashich avait raison : Hawaii recentre, Hawaii respire, Hawaii apaise, Hawaii transmet, Hawaii aide, Hawaii donne, Hawaii reprend.
Tristan avait raison : seul le moment présent compte.
Sylvia et Maria avaient raison : la famille est vitale.
Alice avait raison : la solitude est le meilleur moyen de rencontrer.
Nathalie avait raison : prendre son temps est libérateur.

Et moi aussi j’avais raison : Hawaii était la réponse.

5 réponses sur « Le Yin et le Yang à Hawaii »

  1. Ça commençait sérieusement à me manquer tes récits aussi passionnants qu’envoutants!! J’ai tout dévoré comme si j’étais affamée !! Tu écris parfaitement , tu me fais rêver, tu me m’emporte dans ton voyage ! C’est comme si je ressentais tes émotions, que je voyais ce que tu vois !! Ne t’arrête jamais d’écrire !! Je suis fan !! Merci ma chérie !! ❤️❤️

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