New York et Manhattan

New-York : La rue, la diversité et la démesure.

Je suis dans le bus qui s’enfuit de New-York. Pas que je m’ennuie mais j’aime bien écrire dans les transports en commun.

Une Asiatique lit « God ? ». Pourquoi pas. Deux autres Asiatiques dorment et leurs têtes se balancent comme les petits chiens rigolos que les mettent les beaufs à l’arrière de leurs voitures. Une Espagnole (je crois) écrit sur son ordinateur : « Mi vida laboral come lastras partes de ma vida » (je suis vraiment une grosse stalkeuse. Quoi, vous ne lisez pas les sms des gens dans le métro ?!). Mais je ne sais pas ce que ça veut dire. Ça me rappelle que je dois apprendre l’Espagnol en vue du Mexique et de tout ce qu’il y a en dessous. Bon, on verra ça plus tard. Une fille est enveloppée dans un plaid vert pomme, elle porte des claquettes Adidas avec des chaussettes bien sûr. Je ne vois pas sa tête, on dirait qu’elle est morte. J’espère pas.
C’est à peu près tout, on doit être une dizaine dans ce bus. Je dois avouer que j’apprécie ce calme. Les trajets Greyhound sont, en général… plus agités dirais-je.

Oui, parce que mon arrivée à New-York fut épique. Tout allait bien, j’avais booké mon bus la veille, je devais quitter Pittsburgh à 10h du matin.

(Petite parenthèse : j’ai beaucoup aimé Pittsburgh. Plein de ponts trop beaux, un peu effrayants parfois. De délicieuses bières. Le meilleur hôte du monde, des discussions animées, profondes et défoncées. Une chaleur caniculaire. Des musées vides, beaux, mystérieux et géniaux. Des couleurs qu’on ne voit que dans les films de Wes Anderson. Une douceur et un calme qui dénotent des Etats-Unis, ce qui est d’autant plus appréciable. Je recommande.
Mais seulement avec mon ami Cal).

Que faire a Pittsburgh

A 11h, toujours pas de bus. Les gens commencent à s’exciter, y’a même une dingue qui lance une pétition, les Américains sont fous. Les employés de la fantastiquement incompétente compagnie Greyhound nous précisent qu’un bus devrait arriver aux alentours de midi. Nous n’avons pas plus d’explications ni de certitudes. Je sympathise avec la seule personne qui n’a l’air ni zinzin ni droguée. Elle est péruvienne, doit avoir mon âge et est super stressée car son premier cours de l’année se tient le soir même à Jersey City. Elle ne peut absolument pas le rater (SPOIL : elle va le rater). On discute un long moment, elle est trop mignonne, c’est limite si elle m’invite pas au Pérou. Elle vit depuis quelques années aux Etats-Unis, s’y plaît mais a quand même le mal du pays. J’imagine bien. Si Greyhound c’est autant hard core, m’explique-t-elle, c’est que la compagnie a une espèce de partenariat avec les prisons (hé les pubards, arrêtez avec les influenceurs, on a mieux) qui permet aux mecs sortant de taule de bénéficier d’un pass illimité sur Greyhound (en tout cas, quelque chose de similaire). Ah. Très bien. Dommage, je n’ai pas croisé Booba dans le bus, j’aurais pu lui claqué un petit « j’me suis évadé, j’ai creusé l’tunnel dans son cœur, j’me suis évadé ».
Néanmoins, je comprends mieux la superbe population Greyhound et notamment la présence de mon dernier colocataire qui arborait fièrement une larme tatouée sous l’œil.

On relève la tête, il est 13h, toujours aucune nouvelle d’un susceptible bus. Je reste calme mais je m’inquiète un peu de mon arrivée à New York : je suis censée arriver à 19h mais si je me pointe à 1h du matin, pas sûr que mon Couchsurfing soit toujours prêt à m’accueillir. Bon de toutes façons, ça n’est pas comme si les alternatives s’offraient à moi.
Les autres, en revanche, deviennent fous. Les passagers français victimes des grèves SNCF, sont clairement des petits joueurs à côté. Il faut dire qu’on vient de gentiment nous signaler que notre bus était annulé, faute de conducteur. Je tente une petite blague « is there someone here who could drive a bus ? » mais ça tombe à l’eau. C’est peut-être mon accent.

Bref, ça gueule et ça chiale dans tous les sens. Le « customer service » en a clairement rien à foutre, je n’ai jamais vu une telle impolitesse, une telle indifférence. Après avoir couru dans tous les sens, espérant vainement une quelconque aide, je finis par sauter dans un bus. Je ne suis pas certaine qu’il aille à New York mais franchement, je suis juste contente d’être dans un engin qui roule. 5h plus tard, après avoir traversé les tréfonds de l’Amérique à une allure ne dépassant pas les 30km/h, on s’arrête dans un bled paumé, sans raisons, sans explications et j’ai presque envie de dire, sans espoirs.
Je sors du bus. Stupéfaction. Je n’ai plus les mots. Je ne sais pas si j’ai atterris en rehab, en prison ou en hôpital psychiatrique. C’est horrible. Ou génial, je ne sais plus. Je pourrais écrire un bouquin sur chaque personnage, je passe tellement de temps à les regarder, les analyser. Je ne peux pas tous les décrire ici, je jure que cela nécessiterait un livre entier. Plusieurs, même. J’ai d’ailleurs déjà quelques idées de titres :

1/ L’homme qui n’avait plus de dents, plus de jambes ni de bras mais qui fumait les clopes deux par deux.

2/ Celui qui ressemblait à Eminem et à Jesse de Breaking Bad, ne clignait jamais des yeux et sniffait l’air de manière inquiétante.

On est d’accord, ce sont des titres un peu longs. Mais nécessaires.
En tout cas, je me régale.
4h d’analyses sociologiques plus tard, je finis par remonter dans un bus. Je demande au conducteur si la destination finale est bien New York. Il ne sait pas. Très bien, de mieux en mieux. J’abandonne toute idée de lit, de sommeil ou même de repos. Suite un trajet atroce entouré de personnes atroces et d’odeurs atroces, j’arrive à New York City à 4h30 du matin. La station de bus de NY est aussi merveilleuse que les autres, elle regorge de personnages que nul n’envisagerait. Je suis épuisée, je n’ai pas du tout dormi mais j’ai déjà les pupilles bien écarquillées.

J’arrive chez mon Couchsurfing à 7h du matin, avec environ 10 tasses de café dans l’estomac. Pas de bol, il habite à Jersey. Et Jersey, c’est loin. Re pas de bol, il héberge 6 personnes en même temps, des russes. Re re pas de bol, les russes en questions sont des gros connards. Après quelques conversations légèrement tendues autour de Trump et du féminisme, je décide que non, je n’ai pas trop envie de rester.
Mais la situation n’en est pas moins comique ; mon hôte est assez fou et hilarant. A sa manière. J’apprécie tout particulièrement son tatouage de requin Némo sur le bras ainsi que ses perroquets qui hurlent toute la nuit et qui dégagent une odeur des plus étonnante.

La chance surgit de nulle part puisqu’Elia, une fille de mon école (que je ne connais pas tant. La fille, pas l’école) me dit qu’elle habite New York et qu’évidemment, je suis la bienvenue. Pour changer, je suis accueillie comme une reine. Sa coloc Alexi, aussi énergique que bienveillante et angoissée, m’emmène partout avec elle. Hors de question que je reste seule. Je me demande parfois ce que j’ai fait pour être systématiquement entourée de personnes merveilleuses et profondément gentilles. Mais j’évite de trop me poser la question et je profite. Nous regardons Sex & City, des films clichés, parlons beaucoup, buvons du vin et beaucoup de bières. J’ai comme l’impression qu’on se trouve une passion commune pour la vie alcoolisée. Et je respire, grâce à elle, la vraie vie New Yorkaise.
Je passe également du temps avec Elia et ses amis, ça me fait du bien de parler Français, d’avoir des soirées entre meufs, de me retrouver dans un environnement rassurant et presque familier.

Parallèlement, je découvre évidemment New York dans toute son immensité. Mes sens sont sollicités comme jamais, presque agressés. Je marche des heures et des heures, New York épuise. Mes premiers pas se font sous une chaleur dégueulasse. J’ai des frissons tant j’ai chaud. Mais je continue de marcher, increvable. J’ai la gâchette facile, je shoote frénétiquement. Bilan de ma première journée ? Je me dis que tant pis je vais choquer, mais non, je n’aime pas New York ; cette ville est beaucoup trop pour moi. J’ai trouvé Times Square absolument immonde, les gens en costumes m’ont donné envie de vomir et m’ont rappelé des souvenirs désagréables. Franchement, je ne comprends pas ce que les touristes à cette place dénuée de charme, qui appelle à la surconsommation. Je n’ai pas commencé par le plus évident, erreur de débutant.

New York et Manhattan
Effrayante New York

Heureusement, je passe plus d’une journée à New York. Je n’avais pas de programme en arrivant mais les conditions météorologiques (le violent ouragan Florence) m’ont poussée à rester 10 jours.
Et c’est très bien ; j’avais réellement besoin de ce temps pour me reposer et surtout appréhender et tenter de comprendre ne serait-ce qu’une infime partie de la ville.

Les jours disparaissent et je commence à apprivoiser les New Yorkais, les taxes, l’hallucinante superficie de la ville, le métro (non, ça je ne l’ai jamais apprivoisé pour être honnête), les cheesecake, les blocs, les quartiers, la diversité culturelle, les horribles tentations culinaires, la fonte de mon argent liquide, les pointes de pizza, les briques rouges habillées de leurs si célèbres escaliers de secours, les vendeurs de bretzels et hot-dog, les pharmacies qui vendent des M&Ms et les immeubles qui font semblant de toucher le ciel.

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Le musée de la ville de New York, peu fréquenté, me permet d’échapper aux méchantes averses et de me plonger dans le passé passionnant de la soit disant « capitale du monde ». Je réalise à quel point New York est LA ville de tous les possible, celle qui ne renonce jamais et qui se bats éternellement pour ses droits, pour sa vie, pour sa culture et ses sublimes différences.
J’apprécie particulièrement l’espace temporaire dédié à Stanley Kubrick : de la photo de rue, à New York, en noir et blanc, en douceur et en amour. C’est tendre.
J’apprécie encore plus l’exposition présentant les femmes rebelles qui ont changé l’époque Victorienne. Un couloir de portraits incroyables, une rébellion qui est parfois simplement synonyme de travail. Les bios sont fortes et poignantes ; je me sens fière d’être une femme.
Le féminisme est tellement présent à New York : pas une librairie sans un étalage consacré au féminisme et aux femmes écrivains, pas une boutique de musée qui ne vend pas le livre « We should all be feminists » de Ngozi Adichie, pas un lieu artistique qui ne prône pas l’égalité des genres.
OUI et encore OUI.

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Je me promène sans cesse dans les rues de Brooklyn et de Manhattan. J’ai l’œil presque fixé derrière l’objectif, je suis émerveillée. Parce que ces rues sont si fortes : elles crient, se bousculent, se colorent et ondulent. Ne s’arrêtant jamais, elles offrent une myriade d’attitudes et de positions magnétisantes. L’effervescence est constante, la diversité vibrante.
Je rêve parfois d’une pause.

Je tombe évidemment amoureuse du Chinatown situé dans le lower Manhattan mais surtout de celui du Queens. Un ami d’Elia, Allen, nous emmène manger dans ce quartier et c’est bien simple : si je n’avais qu’une adresse à conseiller au monde entier, ça serait celle-là. Il s’agit du meilleur restaurant chinois qu’il m’ait été donné de vivre (car oui, on se parle bien d’une expérience) : « Shanghai you garden dumpling house ». Les saveurs sont indescriptibles, le choix merveilleux, le thé sans goût comme à Linhe, les dumplings à mourir de délice, les prix d’une douceur étonnante… C’est parfait.
Je suis en Chine. Je rêve.

New YorkDSCF6281La voilà magie de New York : les communautés, le voyage au sein même d’une ville qui ressemble plus à un pays qu’à une ville, l’incroyable diversité, la tolérance et la beauté de la différence.

Je pleure en allant près du mémorial du 11 septembre. J’entends les cris et les pleurs, je ressens la fumée, je revois les attentats de Paris, j’entends ma sœur qui me dit qu’un fou a foncé dans les tours de l’Amérique, je revis la minute de silence qui en a duré 8, je relis les messages inquiets, je me souviens des regards d’inconnus qui disaient « je sais à quoi tu penses ».
Et je suis médusée devant l’indifférence des touristes qui brandissent leur selfie stick comme s’ils étaient devant la Tour Eiffel.
Vraiment intense, je n’aurais pas imaginé.

Un jour, je suis perdue dans le métro. Je perds un peu patience et je ne comprends pas comment une ville qui censée être la capitale du monde, peut présenter des indications de métro aussi bordéliques. Mais ma sauveuse arrive. Elle me guide dans ce labyrinthe de l’enfer et on entame une conversation enflammée sur la perte de notre génération.
Ici, les gens se parlent, se demandent si « ça va today? », se sourient, se lancent parfois dans des discussions plutôt cool et se disent systématiquement bonjour. Je sais bien que ce ne sont pas forcément des relations sincères, honnêtes et durables. Mais franchement ? ça fait du bien et je préfère un faux sourire qu’une gueule de merde mais sincère.

Et puis, je termine en beauté avec mon rêve : Coney Island. Pas les mots, c’est exactement ce que j’imaginais, ce que je voulais.

Coney IslandConey Island

Coney Island

Que faire à Coney Island

Je me suis trompée, pardon, j’aime beaucoup New York.

3 réponses sur « New-York : La rue, la diversité et la démesure. »

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