Ce moment où j’ai décidé de prendre le temps.

Je me souviendrai toujours.

J’étais aux Philippines, à Puerto Princesa, ville réputée pour son non intérêt.

Avec mes deux coéquipières Anne-Laure et Marie, nous venions d’atterrir. Je ne sais plus si c’est Anne-Laure qui avait trouvé l’auberge ou le driver de Tuk Tuk qui nous y avait amené. Anyway, nous voilà arrivées à Sheebang. Je revois ces rues, alimentées d’étals alléchants. Je revois ce grand portail métallique, un peu inquiétant. Je revois la proprio (qui ressemblait davantage à une punk à chiens qu’à une personne qui dirige un établissement) se diriger vers nous, l’air hagard. Je revois surtout ce bar si chaleureux habillé d’une immense paillotte (#PassionPaillotte).

La chaleur était écrasante, l’air moite. Je sentais les gouttes de sueur perler continuellement entre mes seins. L’eau de la douche était tiède, presque chaude.

16h sonne l’heure de la bière (non, ça n’est pas trop tôt). On se retrouve au bar avec Anne-Laure et on sympathise évidemment avec la barman (et/ou proprio, on ne saura jamais vraiment). Il me semble qu’elle avait déjà un degré d’alcoolémie avancé mais elle n’oublie pas de compléter notre ardoise qui s’allonge beaucoup trop rapidement.
Ce soir-là, on rencontre Thadz. Thadz, c’est le genre de personne qu’on a l’impression de connaître depuis toujours, on le voudrait tous comme ami, il est familier, rassurant, drôle et tellement libre. Il travaille au Sheebang mais a également dix ou quinze autres vies palpitantes.
On l’adopte.

La soirée est douce, on ne pense à rien, on rêve et on s’émerveille. Les bières rafraichissent, les rires achèvent l’ivresse.

Nous partons ensuite vers El Nido. Escapade aussi dépaysante qu’attendue. C’est magnifique, sublime et tous les superlatifs du monde.
Mais la suite ne se passe comme prévu. Nous devons abandonner Coron : trop loin, trop cher, pas assez de temps. On a clairement chié dans la colle et on ne sait plus où aller. Les options sont maigres et les humeurs râleuses. La décision finale tombe : nous resterons à Puerto Princesa, dans notre auberge tant aimée. Je me souviens être déçue comme jamais mais la raison s’était emparée de nous.

De retour au Sheebang, Thadz est accoudé au bar, comme s’il nous attendait. Comme s’il savait. Nous discutons et lançons les hostilités. Coincées, nous décidons de profiter de chaque seconde et de prendre le temps. Le prendre vraiment, pour de vrai. Pas d’horaires, pas de bus, pas de programme, pas d’Internet, pas de stress, pas de plans, pas de réveil.

Et tout à coup, forcés de prendre ce temps si précieux, tout change. Je me sentais si bien. J’aurais voulu rester là pour toujours. Bouquiner à l’ombre toute la journée, rencontrer les voyageurs du jour – fussent-ils légers et condescendants -, commencer la Red Horse à 14h, écrire, dormir.
Terminer les journées à 7h du mat en discutant de tout de rien surtout de rien. Les commencer avec cette délicieuse omelette aux « eggplants ».
Faire des virées (j’adore le mot « virée ») sur le scooter alcoolisé de Thadz, explorer les plages abandonnées des touristes, conduire un tuk tuk à 2h du matin et pleurer de rire, tester les spécialités culinaires les plus alléchantes, aller voir le film le plus nul dans le cinéma le plus nul des Philippines et pleurer quand même.
Et surtout ne rien faire. Vraiment rien.

Et puis, il y a ce Français. Il est un peu énervant, un peu sympa. Il fait « le tour du monde », a amassé pas mal de cash en Australie et du temps, il en a. Plus que de cash, d’ailleurs. Il n’a pas vraiment de plan, crèche à Sheebang depuis presque une semaine et anime ses journées d’une oisiveté la plus totale. En écoutant ses récits de voyages et me sentant si bien ces derniers jours, je réalise que moi aussi, j’ai envie de prendre ce fucking temps. M’octroyer des moments privilégiés de balek/yolo/je fous rien. Je cours, on passe notre vie à courir. Même les vacances ressemblent à une ToDo list super flippante. J’ai peur.

Les trois derniers jours auraient pu se transformer en course contre la montre mais ils ont été idylliques. Parce qu’il n’y avait pas de programme, pas d’obligations, pas de Next Step (ce terme me donne la gerbe et me rappelle les heures assommées dans un bureau chiant comme la mort).

Ça y’est, j’avais goûté à la liberté.

Ce jour-là, je me suis fait la promesse de voyager différemment, de voyager longtemps pour arrêter de courir, profiter de l’instant présent, rester au même endroit 2 mois si l’envie me prend, ne rien prévoir; laisser ce cher Inconnu se charger du reste.

Définitivement, j’aime l’expression « prendre le temps ». Comme si nous étions capables de capturer le temps, de saisir la chose la plus insaisissable qui soit.

Je suis en ce moment même à Montréal et je n’ai rien de prévu excepté lire, photographier, observer, me reposer et tester les nombreuses/délicieuses bières du Canada. Je ne sais pas où j’irai, quelle sera la prochaine étape, quel prochain lieu je visiterai, quelles prochaines personnes je rencontrerai. Tout est possible, je suis libre. Je profite de chaque seconde, je savoure chaque minute non programmée.
Comme c’est bon.
J’ai tenu ma promesse.

 

5 réponses sur « Ce moment où j’ai décidé de prendre le temps. »

  1. Ma chérie,
    Si j’ai eu des doutes quant aux raisons qui t’ont décidée à lever les voiles, il suffit que je te lise pour je comprenne encore mieux que rien n’était plus fort que ce furieux désir de t’envoler vers de nouveaux horizons. Je me dis parfois que ça n’est pas toi qui a choisi le voyage mais c’est le voyage qui s’est emparé de toi ! Continue de nous régaler de tes photos et de tes récits, je ne m’ en lasse pas !
    Merci ma chérie.
    Ta Maman qui t’aime

    J'aime

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